A. -S. Morin. Le Prêtre et le Sorcier, p
LES ÉGLISES
pendant que sonnait le Sanctus à la messe de mariage, une grande cheville de bois, en grommelant un anathème à chaque coup 1 .
Les autels sont l’objet d’observances dont plusieurs rappellent des actes dont les parallèles sont bien connus en folk-lore. Quelques-unes consistent en une déambulation dont l'efficacité est soumise à des nombres déterminés. La pèlerine qui vient au Relecq-Plounéour (Finistère) pour les coliques des nourrissons fait trois fois le tour du chœur en se frottant le dos des mains aux angles de l’autel. En Saôneet-Loire, la mère en fait faire neuf fois le tour, après la messe, et sans s’arrêter, à son enfant débile qu’elle a soin de soutenir; la même pratique était usitée à l’autel de saint Féréol à Lublon, dans les Landes. A Penvenan, la mère portant sur les bras son enfant lent à marcher faisait trois ce tour 2.
Ce rite avait lieu aussi à la suite d’un vœu : dans un gwerz breton, une jeune ti lie promet de faire sept fois, si elle est exaucée, le tour du grand autel de N.-D. de Rumengol ; des pèlerins font, à genoux nus, celui du maître-autel de Saint-Mathurin-de-Moncontour 3 .
Quelques actes sur lesquels le clergé ferme les yeux accompagnent le baptême à l’église. En Limousin dès la cérémonie terminée, le parrain et la marraine vont le plus vite qu'ils peuvent à la balustrade, parce qu’alors le bon Dieu dégourdit bien l’enfant 4. En Rasse-Bretagne, si le nouveau chrétien est mâle, on lui fait baiser l’autel, si c’est une Fille, il n’en baisera que la balustrade 5. En Saintonge aussitôt que le curé s’est retiré (et cette condition est obligatoire pour la réussite de l’opération) on roule l’enfant sur l’autel d’un bout à l’autre, comme une barrique, pour qu’il ne se casse jamais les membres, ou pour qu'il soit préservé des coliques6.
Ces actes ou leurs similaires sont pratiqués à d’autres moments : En Poitou, on couche parfois les enfants sur l’autel afin qu’ils ne soient pas méchants. Ceux qui sont débiles sont roulés sur la pierre d’autel de la chapelle de Saint-Vizia7 ; à Plœmeur, près Lorient, on les assied sur la pierre sacrée enchâssée an milieu ; à Savigny, on les roule à plusieurs reprises sur l’autel de saint Fort, le lundi de la Pentecôte8.
1. Hemi Gaidoz. Rome et Congo, p. 6-7 : J.-M. Noguès. Mœurs d'autrefois, p. 127.
2. Dr Liègard. Les saints guérisseurs, p. 29 ; F. Fertiault, in Rev. des Trad. pop., t. 1, p. 173 ; de Métivier. De l'agriculture des Landes, p. 375 ; Dr Liégard, 1. c., p. 30.
3. A. Le Braz. Au pays des pardons , p. 185 ; E. Hamonic, in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 279.