‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 183 sur 503 · GESTES DES STATUES · texte numérisé non relu

GESTES DES STATUES

emportée à Londres, saute à la mer et vient se replacer dans sa chapelle de Saint-Cast.

L'exode des statues est parfois motivé par un outrage : on” ne revit plus sur son socle la Vierge d’Agonges le lendemain|du jour où le sacristain l'avait fouettée, pour la punir de n’avoir pas détourné un orage ; suivant d'autres parce qu’elle refusait de céder sa place à une nouvelle image; après sa disparition la paroisse n’eut pendant sept ans que de mauvaises récoltes1.

Les déplacements des effigies des bienheureux sont aussi attribués au désir qu’ils ont de ne pas contrarier les fidèles venus à l’époque où elles sont tout spécialement honorées. Une année que le mauvais temps n’avait pas permis de reporter la statue de la Vierge à Cuzance, au moment delà procession solennelle, elle revint d’elle-même près de son sanctuaire où on la retrouva dans le creux d’un saule. Notre-Dame de Givermont, oubliée dans l’église de Fumay, descendit de son piédestal et retourna toute seule à sa chapelle le jour du pèlerinage • celle de saint Germain qui, lors de sa fête, se trouvait de l’autre côté d une baie, etquon ne pouvait reporter à son église, à cause de la tempête, se mit en mouvement et traversa la mer 2.

Dans toutes ces légendes c’est la statue entière qui marche comme un être vivant, mais quelquefois une partie seulement s’anime pour faire un geste. Pendant la reconstruction de Notre-Dame de Paris, un garçonnet ayant offert son anneau à une image de la Vierge, celle-ci plia le doigt de telle façon qu’on n’aurait pu lui arracher cet anneau sans le briser3. Au moment d’un siège, le doigt d’un des saints de l’église Notre-Dame de Lamballe, qui était primitivement élevé, se baissa un peu tous les jours; en fouillant dans la direction qu’il indiquait on trouva le souterrain que les Anglais étaient en train de creuser. Vers la fin du XVIIe siècle, la Vierge de la Grand’Porte à Saint-Malo allongea le bras, et lit découvrir un dépôt de matières inflammables destinées à faire sauter la ville 4. La main de N.-D. de Rochefort à Guingamp saisit le doigt d’un voleur qui essayait de la dépouiller de ses riches ornements, et il ne put être délivré que lorsqu’on eut fait une procession expiatoire ; le bras de saint Seny s’allongea pour retenir le larron qui dérobait les offrandes placées près de lui 6.

Les gestes temporaires des statues ont aussi pour but de répondre

1. Rolland de Denus /)^. des appellations ethniquès . Paris, 1889 in-8 n 6-

Soc. d émulation de l'Ailier , 1867, p. 346. . m », p. b ,

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