‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 188 sur 503 · O. Colson, in Rev. des Trad. pop., t. XI, p · texte numérisé non relu

O. Colson, in Rev. des Trad. pop., t. XI, p

LES ÉGLISES

Les bienheureux sont d’ailleurs avertis du traitement que subira leur statue. Dans le Minervois, à chaque nouveau mariage, les filles défilent une à une devant celle de saint Sicre, placée sous le porche de l’église, et la menacent d’une petite hachette qui passe rapidement de main eu main ; en la levant sur sa tête, elles disent :

Grand saint Sicre, si dans le cours de l'an,

Tu ne me donnes pas un galant,

Voici pour t’entailler le flanc.

Les jeunes filles de l’Ain en faisant leur prière à saint Biaise, lui disaient qu’elles le jetteraient dans le Rhône s’il ne les mariait dans l’année L

Les moyens matériels destinés à attirer sur les postulants l’attention des saints, en s’adressant à leurs statues elles-mêmes, sont nombreux et variés ; on y voit figurer des offrandes en nature et des choses en relation avec la faveur sollicitée. L’une des pratiques les plus fréquentes consiste à employer un objet de toilette, qui sert à bien d’autres observances^. Il, 22 3, 231, etc. t. III, 414, 417, etc.). Les garçons et surtout les jeunes filles qui désirent se marier piquent dans les jambes de la statue de saint Christophe de l’église d’Avenières à Laval, dans les genoux de saint Nicolas à Nevez (Finistère), des épingles qui, dans ce second exemple, sont ensuite retirées et emportées comme talisman. Elles en enfoncent dans une statue de saint Gildas sur le bord de la Manche bretonne, dans celles de saint Quirec à Ploumanac’b (Côtes-du-Nord), de saint Gobrien (Morbihan), de saint Laurent près de Quintin (Côtesdu-Nord) ; ici il est nécessaire qu’elle se pique du premier coup : autant de fois la jeune tille manquerait de la faire tenir, autant d’années son mariage serait reculé. A Séné (Morbihan), il faut aussi planter solidement les épingles dans le pied de la statue en bois de saint Uférier « qui marie les filles dans l’année », car leur cliûte entraînerait celles des espérances ; on doit aussi les choisir neuves et bien droites, ou le mari demandé pourrait bien être tortu, boiteux ou bossu2.

Pour se marier dans l’année on pique une épingle en dedans du cou d’une statue de sainte Barbe à Guimiliau, puis on remet la tête à sa place ; dans la Dordogne, on en fixe à la robe de la madone de N.-D. de Donchapt, le jour de la fête patronale 3. C’est un procédé de mnémotechnie populaire appliqué à la divinité, sous une forme plus vulgaire que dans les exemples précédents, qui peuvent aussi se rattacher,

1. H. Babou. Les païens innocents, p. 230; A. Gallet, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 503.

2. Mme L. Texier, in Rev. des Trad. pop., t. I, p. 82; L.-F. Sauvé, in Mélusine, t. III, col. 376 ; J.-M. Comault, in Rev. des Trad. pop., t. II, p. 528 ; Dr Fouquet. Légendes du Morbihan, p. 67 ; Henri Gaidoz. Rome et Congo, p. 7, 6.

3. F. Daine, in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 394 ; P. Bouscaillou, ibid . , t. X,

LES STATUES GUÉRISSANTES

ainsique l’a conjecturé M. Gaidoz, à un memento destiné à se faire comprendre de l’idole et à attirer son attention sur cette «prière par signe1». A Chuisne (Eure-et-Loir), on enfonce des épingles dans la statue de saint Santin, qui guérit de la gale2. Un conte de la Haute- Bretagne fait allusion à cette pratique : un garçon que l’on a décidé à prendre, le jour du pèlerinage, la place d’une statue qu’il avait brisée, s’enfuit quand on lui pique, en formulant le vœu, des épingles dans les jambes ?.

Les fidèles emploient d’autres moyens matériels pour prévenir les saints ou pour leur indiquer formellement leur désir. Lors du pardon de N. -U. des Grâces près Guingamp, les pèlerins doivent, en déposant leur offrande, faire résonner une cloche déposée dans la chapelle4. Les femmes des marins vont à une chapelle de 1 îl e de Bouëd près de Sané et tournent le sabre de saint Victor vers le point de l’horizon d'où doit souffler le vent favorable ; jadis celles de Saint-Malo viraient aux mêmes intentions la crosse de saint Ouen, et les marins de l’ile de Sein, celle de saint Corentin s. A Herianbihen (Côtes-du-Nord), c’est la tète elle-même d'une statuette qui se meut sur un boulon de fer destiné primitivement à la raccommoder, que les tilles désireuses de se marier dans l’année, doivent tourner un certain nombre de fois, avant le soleil levé A La tête de cette statuette est l’objet d une autre pratique: suivant qu’on désire de la pluie ou du beau temps on la pose entre ses deux épaules ou on la rentre dans la ferme voisine *.

Le patron du village de Darnac, dans la Haute-Vienne guérissait les maladies des différentes parties du corps, mais il fallait pour cela toucher les parties correspondantes du saint avec un peloLon de laine lancé d’une certaine distance ; si l'on a manqué d’adresse une première fois, on peut recommencer jusqu’à ce qu’on ait touché le membre qu’on veut atteindre, mais le même peloton ne peut servir qu une seule fois 8.

Comme les pierres de plein air et celles des églises, les effigies des saints sont soumises à la friction par ceux qui leur demandent des grâces: jadis au fond d’une chapelle des environsde Pleubian, le jour du pardon, un saint Nicolas vermoulu se balançait au bout d une corde jetée au travers d’une poutre, et les paysannes, soulevant tour à tour leurs jupes, se frottaient désespérément le ventre au fétiche fécondant9.

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