LES MESSES DE FANTOMES
chrétiennes. Les vieillards de Béré racontent que chaque nuit, dès que minuit a sonné, les cierges s’allument d’eux-mêmes dans l’église, et qu’un prêtre de l’autre monde commence une messe funèbre, à laquelle assiste la foule muette des âmes en peine1. La légende suivante était, vers 1846, bien connue à Dieppe : Il y a quelques siècles, le lendemain d’une grande tempête, le bedeau de Notre-Dame des Grèves entendit vers minuit sonner la messe. Il ouvre sa lucarne ; la lune cachée derrière les nuages répandait une faible clarté. « Le soleil va se lever, dit-il ; j’ai donc bien sommeillé? » 11 endosse sa casaque et descend à l’église ; la porte est ouverte, un prêtre est au pied de l’autel : « Sers-moi la messe, » lui dit le prêtre, et le pauvre bedeau prend les burettes en tremblant. Mais quand au moment du sacrifice, le prêtre va pour porter le calice à ses lèvres, il pousse un cri ; sa chasuble tombe, il n’est plus qu’un squelette: « Maître Pierre, dit-il au bedeau, tu ne reconnais pas Raynaud, dont le bateau a péri le lundi de Pâques sur la roche d'Ailly ? J’avais fait vœu d’une messe à Notre-Dame et j’ai oublié mon vœu. Je voudrais, pour m’acquitter, la dire moi-même, cette messe ; mais quand je vais pour communier, tout l’enfer passe par ma gorge ; je brûle, maître Pierre ! Dis à mon fils de ne pas oublier la messe qu’il a promise à Notre-Dame. » Le squelette est parfois celui d’un prêtre2.
Les apparitions les plus fréquentes sont en effet celles de prêtres condamnés à revenir, ordinairement à minuit, dans l’église où ils officiaient de leur vivant, pour y célébrer une messe qu ils n’ont pas dite, parce qu’ils l’ont négligée, ou que la mort est venue les surprendre ; pour qu’ils soient débarrassés de cette obligation, il faut que la réplique leur soit donnée par un vivant3. La légende est probablement ancienne, bien quelle n’ait été constatée qu’au XVIIIe siècle. Les Mémoires d'Outretombe ne contiennent pas le récit suivant qui avait été lu à l’Abbaye aux Bois, et avait fortement ému les assistants ; nous n’en connaissons que le résumé de Jules Janin : « La nuit, à minuit, un vieux moine dans sa cellule, entend frapper à sa porte. Une voix plaintive l’appelle ; le moine hésite à ouvrir. A la fin il se lève, il ouvre : c’est un pèlerin qui demande l’hospitalité. Le moine donne un lit au pèlerin et il se repose sur le sien ; mais à peine est-il endormi que tout â coup il voit le pèlerin au bord de son lit qui lui fait signe de le suivre. Ils sortent
1. (Abbé Goudé). Histoire et lég . du pays de Châleaubriant, p. 35.