L. Vitet. Histoire de Dieppe , p
3. Dans le Mentonnais, un prêtre qui meurt avant d'avoir dit toutes ses messes est obligé de revenir les dire (J. -B. Andrews, in Rev. des Irad. pop., t. IX, p. 117). Il est reconnu qu’un prêtre qui a reçu de l'argent pour des messes qu’il n’a pas dites vient les célébrer après sa mort, et même achever les mots qu’il aurait oubliés. Il n’est pas rare de rencontrer des sacristes qui ont répondu et servi à minuit ces offices nocturnes (L. du Bois. Recherches sur la Normandie, p. 344).
LES ÉGLISES
ensemble : la porte de l’église s’ouvre et se referme derrière eux. Le prêtre à l’autel célébrait les saints mystères. Arrivé au pied de l’autel, le pèlerin ôte son capuchon et montre au moine une tête de mort. « Tu m’as donné une place à tes côtés, dit le pèlerin ; à mon tour je te donne une place sur mon lit de cendres 1 ! » C’était une des nombreuses légendes que l’on racontait au château de Combourg, lorsque M. de Chateaubriand père était remonté dans ses appartements. Il est probable que son fils a « romantisé » celle-ci. La donnée populaire contemporaine se rapproche beaucoup plus du récit qui suit, écrit pendant la période révolutionnaire, par un sceptique, qui n’y voit qu'une comédie organisée par les prêtres. Le voici, dégagé des réflexions de l'au leur et des incidents inutiles: Un ouvrier de Lamballe étoit dans l’usage d’aller chaque soir faire sa prière dans une église. Un jour, le sommeil le surprend ; l’église se ferme, la nuit s’avance, une heure du matin sonne, l’ouvrier s’éveille, tremblant, respirant à peine; il écoute, une porte s'ouvre, c’est celle de la sacristie, il regarde. Un prêtre s’avance ; il marche lentement, une bougie est dans ses mains, ses yeux sont éteints, ses joues sont décharnées, une pâleur livide est sur son front ; il monte à l’autel en silence, les cierges s’allument, il se revêt de ses habits sacerdotaux, puis il se retourne : « Au nom du Dieu vivant, dit-il d’une voix sépulcrale, si quelque être respire dans cette église, qu’il s’approche et vienne m’aider au sacrifice. » L'ouvrier crut entendre la voix de l’Eternel ; il se lève, s’avance. Le prêtre commence, l’ouvrier se prosterne et la cérémonie s'achève :
« Que Dieu vous bénisse, lui dit le fantôme, vous m’ouvrez aujourd'hui la porte du séjour éternel. 11 y a vingt ans que la malice des hommes m’a conduit au supplice. Le Tout-Puissant m’a reçu dans sa grâce et, pour l’expiation de quelques péchés de ma vie, il voulut que je vinsse chaque nuit à pareille heure dans cette église, jusqu’à ce que je trouvasse quelqu’un pour me servir la messe2. »
Ce thème est encore très populaire en Haute-Bretagne, où l’on en a recueilli sept versions, localisées par les conteurs dans des églises de leur voisinage ; les récits ne diffèrent pas beaucoup de celui-ci, à part le dénouement. Il y est dit expressément que le prêtre est condamné à revenir, soit pour expier une faute, soit pour n’avoir pas célébré une messe qui lui avait été payée d'avance. Lorsque, l’office terminé, il remercie le répondant, il lui recommande de sortir au plus vite, de crainte d’accident, ou il lui promet, souvent à bref délai, une récompense dans l’autre monde. Les parties essentielles de légendes dont les conteurs placent la scène au pays de Lannion, dans la