LES MESSES DE FANTÔMES
cathédrale de Vannes, aux environs de Brest, dans la cathédrale d’Angers, sont à peu près les mêmes qu’en Haute-Bretagne *. En Vendée, un voyageur endormi daus les ruines de l’abbaye de Chaudion, où il s’était réfugié pendant une nuit d’orage, s’éveille au son de la cloche, et voit se dresser un autel dans l'abside ; un prêtre y arrive, et prononce trois fois VIntroibo ; le paysan se décide à lui donner la réplique ; quand la messe est terminée, l’officiant lui dit que depuis dix ans il était condamné à revenir ainsi chaque nuit, à cause d'une messe oubliée 1 2.
Dans une version recueillie en Canada, le prêtre ne semble pas condamné à une pénitence, et sa venue est motivée par un acte de charité. Une mère, inconsolable de la morUde son enfant, s’étant endormie dans l’église, voit à minuit un vieux curé mort depuis vingt ans, qui célèbre la messe ayant pour répondant un ancien bedeau, trépassé lui aussi depuis nombre d’années. Quand sonne la clochette du Sanctus une procession de petits enfants sort de la sacristie, et ils défilent devant le chœur, portant de petites coupes cl’or et d’argent remplies d'une liqueur transparente. Seule, à l’extrémité de la procession, une petite fille semblait suivre péniblement les autres, chargée qu’elle était de deux immenses seaux pleins d’eau jusqu’au bord. La femme reconnaît sa fille et s’évanouit; le lendemain son curé lui explique que les coupes d’or et d’argent étaient remplies des larmes que la nature avait fait verser aux mères, mais que sa fille à elle ployait sous le poids de ses larmes qu’elle avait recueillies goutte à goutte 3 4.
Le prêtre-fantôme apparaît aussi, non à une personne endormie dans l’église, mais à un voyageur dont quelque circonstance insolite excite la curiosité. C’est ainsi qu’en Auvergne un homme voit l'église illuminée et y jette un regard par le trou de la serrure : l’ancien curé, mort depuis peu de mois, se tient à l’autel et se retourne de temps en temps, comme s’il attendait quelqu’un pour servir sa messe. Le passant va réveiller un enfant de chœur, qui, sans regarder l’officiant, lui fait les répons. Après le dernier Evangile, le prêtre lui adresse un sourire, et tous les cierges s’éteignent à la fois'". C’est aussi parle trou de la
1. Paul Sébillot. Contes , t. I, p. 275; Littérature orale , p. 192. Notes sur les traditions , p. 6-8 ; R. Le Chef, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 577 ; A. Grain. Le F.-L. de l'Ille-et-Vilaine , t. II, p. 321 ; F.-M. Luzel. Veillées bretonnes , p. 5-9 ; A. Le Braz. La Légende de la Mort, t. II, p. 104 ; Dr Fouquet. Légendes du Morbihan, p. 106; Paul-Yves Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XIII, p. 179 ; Bull, hist. de l'Anjou , 1858, p. 188.
2. Abbé F. Gharpeutier. Veillées vendéennes , 1900, in-8 ; p. 10-12. Dans l’Albret une messe de fantôme a lieu éu plein air, au milieu des bois (L. Dardy. Anthologie de l’Albret, t. Il, p. 47.)
3. Ph. A. de Gaspé. Les anciens Canadiens, t. I, p. 216-226, cf. pour l’épisode des larmes, le t. H, p. 202 et t. IV, p. 174.