L. Desaivre. Le Mythe de la Mère Lusine, p
LES CHATEAUX
Le nombre des ouvertures, qui est vraiment considérable, surtout par rapport à celles des maisons rustiques, a fait attribuer à certaines de ces demeures un chiffre invraisemblable de fenêtres ; en général ils en ont autant qu’il y a de jours dans l’année. G était le cas du château du Pont-Hus (Loire-Inférieure), de celui de Lai lié (en Ille-et-Vilaine) d’un grand nombre d’autres châteaux de la Haute-Bretagne ; ceux de Thury-Harcourt, Dampierre, Lessy, Ducey, etc., dansla région normande, de Colembert dans le Boulonnais, de Pout-sur-Seine (Aube) de Servoules (Hautes-Alpes) avaient pareillement trois cent soixante cinq fenêtres l.
Parmi les traditions, assez rares si on les compare à leurs parallèles ecclésiastiques, qui visent la concession du terrain à bâtir, il en est qui sont très apparentées à la légende de Bidon : L’une d’elles, qui remonte â la fin du XIVe siècle, figure dansle Roman de Mélusine de Jean d'Arras; sur le conseil de sa dame, Raimondin demande au comte de Poitiers une roche et à l’environ autant de place qu’un cuir de cerf peut comprendre et enclore. Son désir ayant été approuvé, il fait tailler par un sellier un cuir de cerf en forme de courroie, et le dévidant derrière lui, en ayant soin de le maintenir avec des pierres de temps à autre, il enclôt deux lieues de tou/2. En Roussillon, le château de Paracoles fut bâti par un peuple très ancien, auquel on céda autant de terrain qu en pouvait circonscrire la peau d'un bœuf découpé en lanières3. Quelques légendes s’appliquent, non pas au château lui-même, mais à la délimitation des terrains qui formeront son domaine : un seigneur du Poitou accorda â un de ses vassaux tout le terrain qu’il parcourrait à clieval en une journée ; les limites de la seigneurie de Fallais au pays de Liège furent déterminées par le jet d'une pierre4.
Alors qu'on a relevé par douzaines les traits légendaires qui motivent l’assise des édifices sacrés, on en rencontre peu qui se rapportent à celle des châteaux. Un seigneur du Bas-Limousin avait choisi pour bâtir sa forteresse une montagne d’un accès difficile ; mais une nuit l’armée des lutins renversa les murailles commencées, et il ne put venir à bout de leurs maléfices. Il se recommanda à saint Martial, moula à cheval et lança en l'air le marteau du maître-maçon, en faisant le vœu de construire à l’endroit où il tomberait. Guidé par son patron, il trouva le marteau au sommet d’une colline, où le vent soufflait avec
1. Paul Sébillot. Lé g . locales , t. II, p. 64; Lecœur. Esquisses du Bocage, t. IL p. 345; Reoue des ïrad. pop. t. X, p. 256; t. IX, p. 719.