Ed. Ch. Brunet, 1854, p. 47-53, Bibl. elz
3. Horace Chauvet. Légendes du Roussillon, p. 105; Henry. Guide en Roussillon, p. 205.
4. Léo Desaivre, in Rev. des Trad. pop. t. XIV, p. 90 ; Bovy. Promenades historiques, t. II, p, 285, cité par Alfred Harou, iu Rev. des Trad. pop. t. XI, p. 524.
En Poitou Mélusine renversait aussi ou changeait de place les châteaux que l’on élevait dans un site qui ne lui plaisait pas. (Léo Desaivre. Le Mythe de la Mère Lusine, p. 59).
LES FÉES BATISSEUSES
violence. C’est là qu’il bâtit le célèbre château de Ventadour, qui fut achevé sans trop grands obstacles, parce que saint Martial en éloigna le drac et les lutins qui s’étaient opposés à la construction du premier édifice h
Les fées interviennent dans le choix de l'emplacement, et plus souvent dans la construction des châteaux qui sont remarquables parla beauté du lieu où ils se dressent, la solidité ou l'élégance de leurs murailles. Celui de Montauban (Ille-et-Vilaine) leur doit son origine : un soir elles vinrent se reposer sur un tertre, qui leur plut tellement qu’elles voulurent * y bâtir un château. Aussitôt elles se mirent activement à l’œuvre, et il ne restait plus qu'une pierre à poser lorsque le coq chanta ; elles s’enfuirent en disant : « Adieu, gentil château, il ne manque qu’une pierre à ton portail, mais sois sanscrainte, il netomberajamais2. CellesdePirou, filles d’un seigneur qui était un célèbre magicien, construisirent le châteaudecenom, bienavantl’invasiondesNormands3. D’autres fées avaient entrepris d’élever la tour de Cesson, près de Saint-Brieuc, mais elles ne l’achevèrent pas ; celle qui avait la direction des travaux aperçut une pie crevée. — Pourquoi cet oiseau ne bouge-t-il plus ? demandat-elle — C’est qu’il est mort, lui répondit-on. — Ah ! puisqu’on meurt, s’écria la fée, cessons ! » C’est l’origine du nom que porte cette tour 4.
En Poitou on fait remonter à Mélusine la construction de plusieurs châteaux : elle y travaillait elle-même au clair de lune, de minuit au chant du coq, apportant les matériaux dans son tablier de mousseline ; comme les habitants de Pouzauge (Vendée) s’étonnaient de trouver les murs plus avancés chaque matin et de voir la bâtisse marcher vers son achèvement sans le concours d’aucun ouvrier, l’un deux se cacha dans les broussailles, en face de la tour carrée, alors bien près d’être finie ; à minuit sonnant, Mélusine apparut et se mit à monter le ciment et les pierres ; mais elle aperçut l’importun, et furieuse d'avoir été découverte, elle disparut en criant :
Pouzauge, TiCfauge, Mervent, Châteaumur et Vouvent Iront chaque an, le jure, d’une pierre en périssant.
Et depuis, tous les ans, une pierre se détache de chacune de ces forteresses. Elle en a bâti d’autres avec plus de rapidité encore ; il lui suffit de trois nuits pour l’érection du château Salbart; elle construisit en une seule nuit le château de Lusignan, et les sept tours de Vouvent avec trois dornées de pierres et une goulée d’eau. D’après une légende recueillie à la fin du XVIIIe siècle, lorsque le borgne de Py-Chabot allait