Amélie Bosquet. La Normandie romanesque , p
4. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne , t. I, p. 86-87.
LES CHATEAUX
être forcé dans Fontenay, que saint Louis assiégeait à la prière d’un seigneur dont il avait enlevé la tille, on vit s’élever dans les airs la Mrelusine à califourchon sur un manche à balai, emportant en croupe Py-Chabot, sa captive, les 799 défenseurs de la place, et un gros matou noir. Le balai rapide comme l’éclair va déposer sa charge sur la motte de Vouvent, où Mrelusine se hâte de ramasser dans son devanteau de mousseline une dornée de pierres, dont elle bâtit, en virant la main, la grosse tour1.
Le diable a construit autant de châteaux que les divinités féminines et avec une rapidité aussi grande . Il les entreprend d’ordinaire à la suite d’un arrangement, qu’il remplit avec sa bonne foi habituelle, mais dont il ne recueille aucun profit, parce qu’il est victime de la ruse de ses contractants. On raconte en Haute- Bretagne, sans localiser le récit, qu’il vint au secours d’un maître maçon qui avait entrepris d’édifier une tour ayant autant de marches que l’année compte de jours, et que ses ouvriers pris de vertige avaient abandonnée. 11 lui proposa de la terminer en une nuit, à la condition qu’il lui livrerait le matin un de ses hommes ; l'architecte accepta, en stipulant toutefois que le diable n’emporterait sa proie que s’il pouvait l’attraper du premier coup. Au lever du soleil, l’édifice étant achevé, le maçon donna à un de ses ouvriers son chat qui était très méchant, en lui disant de le monter en haut de la tour; mais de redescendre au plus vite. Quand l’ouvrier y arriva, le diable étendit la main, mais il ne prit que le chat qui lui sauta au visage et lui arracha un œil ; il voulut démolir son ouvrage ; mais le curé, appelé par le maître maçon, aspergea d’eau bénite les murs de la tour et en chassa les démons 2. C’est aussi Satan qui construisit le château de Villegougis dans l'Ailier, et il devait l’avoir terminé avant le premier chant du coq. La femme du seigneur alla, un peu avant le lever du soleil, frapper à la porte du poulailler ; le coq poussa trois fois son cocorico, et le diable qui se disposait à placer le linteau à la fenêtre de la grande tour, dut le laisser tomber, et ne put achever son entreprise 3. Un seigneur ardennais qui n’était pas assez riche pour édifier une forteresse sur les rochers qui surplombent la Semoy, eut aussi recours au diable, et celui-ci lui promit, en échange de son âme, d’élever en une seule nuit, et avant le chaut du coq, le plus beau château qu'il y eût au monde. Le soir même, il se mit à l’œuvre, mais ses ouvriers menaient si grand tapage, qu’un coq, réveillé juste au moment où allait être posée la dernière pierre, crut en voyant les feux follets qui éclairaient ce travail nocturne, que le jour était venu,
1. Léo Desaivre. Le Mythe de la Mère Lusine , p. 79-80, 83, 86; B. Fillon. Poitou et Vendée. Fontenay-le-Comte.