LE DIABLE ET LES CHATEAUX
et il le salua de son cri retentissant. Le diable, d’un seul coup de patte, démolit les murailles qui dégringolèrent dans la Semoy, et y formèrent une sorte de barrage l. En Dauphiné il stipule avec Lesdiguières que son âme lui appartiendra s'il a terminé les remparts du château de Vizille avant que le duc soit parvenu à faire faire à son cheval le tornade ses domaines ; les murs se fermaient quand Lesdiguières arrivait vers la fontaine de la Dhuys et son cheval se trouva pris parla queue ; mais le duc la coupa avec son épée et réussit à gagner le bord de la Roman' che 2.
C’est aussi à la suite} d’un pacte que le diable construisit en une seule nuit le château de Montfort près de Semur, qui avait quatrevingt-dix-neuf chambres, dont il s’était réservé une. Il mit tous ses soins à ce que rien ne manquât à celle du seigneur et elle fut parfaitement belle ; mais il laissa la sienne inachevée, et elle n’a pu jamais être terminée, ce qu’on faisait un jour était défait le lendemain ; elle est habitée par un oiseau blanc que beaucoup de personnes disent avoir vu. Le diable ayant oublié de faire un puits, le seigneur voulut en creuser un ; Satan pour se venger de ce qu’on le faisait sans sa permission, excita les ouvriers à le creuser à une si grande profondeur, qu’en peu de temps, ils eurent presque percé la terre de haut en bas. Heureusement ils entendirent très distinctement ces paroles : « Ma tante Guillemette , lâchez vos vaches /» ils comprirent aussitôt qu’ils touchaient l’autre bout de la terre et arrêtèrent leurs travaux. L’archevêque de Besançon voyant que les habitants de sa ville épiscopale démolissaient pendant les ténèbres les murs du château de Rosemont qu’il faisait bâtir, appela le diable et le força de l’achever en une nuit 3.
Satan intervient aussi dans d’autres circonstances : à l’époque où l’on bâtissait le magnifique château d’Annebaut, qui ne put être achevé, le peuple qui ne s’expliquait pas la lenteur du travail, prétendait que le diable démolissait la nuit l’ouvrage fait pendant le jour. On raconte souvent en Auvergne que des maçons n’avaient pu mettre la dernière pierre tant qu’un prêtre n’avait pas exorcisé les démons qui, chaque nuit, défaisaient ce qu’on avait bâti la veille ; cette légende s'applique en particulier au château de Chazeron4.
On a déjà vu que certaines parties des châteaux sont inachevées, ou tout au moins présentent quelque défaut, parce que leurs constructeurs surnaturels n’ont pu terminer leur tâche au terme fixé. Cette