A. Meyrac. Trad. des Ardennes , p
2. Ardouin-Dumazet. Supp. du Temps, 19 juillet 1894. Une toufle d herbes qui se balançait sur les murs passait pour être la queue du cheval.
3. Hippolyte Alarlot, in Rev. des Trad. pop., t. X, p. 210; cf. t. U, p. 323 du F.-L. de France -, Ch. Thuriet. Trad. du Doubs , p. 72.
4. Amélie Bosquet. La Normandie romanesque , p. 137 ; Dp Pommerol, in 1 Homme, 1887.Jp. t403.
LES CHATEAUX
tradition s’attache à la plupart des édifices que Mélusine a élevés. Il manque une pierre au donjon du Bouchet en Berry, parce que la fée qui l’apportait fut surprise par le chant du coq1.
Une légende explique pourquoi le château de Lisle à Mousterus, près de Guingamp, est sur la droite d’une magnifique avenue qui ne conduit à rien. Il était autrefois au bout de cette avenue, mais le soleil levant, en frappant sur les vitres, aveuglait le seigneur du Bois de la Roche. Il alla trouver un sorcier qui lui demanda trois écus d’argent et lui donna trois graines, en disant de les planter la nuit de Noël, et que les arbres viendraient si grands qu’il ne verrait plus le château de Lisle. Pour qu’ils vinssent plus vite, le seigneur sema ses graines la veille de Noël, dans de grands trous remplis de bonne terre et de fumier. Les arbres se mirent de suite à pousser, avec des feuilles noires comme celles des arbres étrangers . Mais comme on avait trop bien graissé les trous, ils montèrent si haut, qu’on voyait par-dessous les branches les vitres du château de Lisle flamboyer toute la matinée ; il fit revenir le sorcier., qui lui demanda trois écus d'or et/lui donna trois tisons en lui disant de les allumer le matin dans la vallée. Quand on l’eut fait, il s’en leva tant de fumée qu’on ne voyait plus le vitrage de Lisle, mais les gens de la maison en étaient étranglés. Le seigneur se fâcha et menaça le sorcier de le jeter dans le feu s'il ne lui donnait pas cette fois un bon secret. Alors le petit homme demanda les trois plus grands poêlons à galette, tous les verres et tous les vases de la maison, et il se mit à les piler bien menu. Lorsque le four fut chauffé à blanc, il y mit ses trois poêlons et quand il les sortit, il y avait dans chacun une grosse galette de verre, si brillante que les yeux en brûlaient. Il monta sur le toit de la maison et braqua ses trois verres sur le château de Lisle. Aussitôt les fenêtres se mirent à pétiller, les murs à fumer, le toit à flamber, si bien que le soir il n’en restait rien. Il n’y eut que le logis du curé de la chapelle où le feu ne put se mettre. Quand le seigneur de Lisle revint de la guerre, il ne trouva au bout de l’avenue qu’un morceau de son château. Sans débrider, il courut avec ses soldats jusqu’à Quintin ; puis ils revinrent, le sire de Quintin et lui, et ils brûlèrent le Bois de la Roche. Mais depuis ce temps-là, le château de Lisle est resté tout du côté de la chapelle, pour qu’on ne le brûle pas une autre fois2.
Les corvées auxquelles étaient soumis les vassaux des seigneurs qui ne pouvaient charger des puissances surnaturelles de la construction de leurs forteresses, semblent avoir laissé peu de traces dans les souvenirs populaires. Cependant on raconte que les femmes du
1. Léo Desaivre. Le Mythe de la Mère Lusine , p. 81, 83 ; Ludovic Martinet. Légendes du Berry , p. 7.
2. Pitre de i’Isle du Dréneuc, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 222.