‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 210 sur 503 · George Sand. Correspondance , t. IV, p. 203 et suiv · texte numérisé non relu

George Sand. Correspondance , t. IV, p. 203 et suiv

3. Paul Sébillot. Traditions de la Haute-Bretagne, t. 1, p. 354.

4. N. Taillepied. Traité de T apparition des esprits, p. 173-174.

LES CHATEAUX

se lève, reprend sa lumière et sort dejla chambre en fermant la porte. Le lendemain, le régisseur conta son aventure aux fermiers qui, sur la description de^la lémure, affirmèrent que c’était leur vieux maître. Tout ne finit pas là : si M. Livoret regardait derrière lui dans une forêt, il apercevait le fantôme; s’il avait] à franchir un échalier dans un champ, l’ombre se mettait à califourchon sur l'escalier. Un jour le misérable obsédé s’étantj hasardé à lui dire : « Monsieur de Châteaubourg, jlaissez-moi ! » le revenant répondit: «Non». M. Livoret, homme froid et positif, très peu brillant d’imagination, racontait tant qu’on voulait son histoire, toujours delà même manière et avec la même conviction1. Plusieurs châteaux du Morbihan, qui, il est vrai, n’étaient pas toujours habités par leurs propriétaires, étaient naguère encore renommés pour leurs hantises. Une nuit de Noël, la gardienne de celui de Bauvrel. pendant que tout les gens assistaient à la messe, vit entrer un grand et beau jeune homme vêtu d'habits noirs d’une forme inconnue de nos jours. Grave et silencieux, il vint s’asseoir près d’elle au foyer, approcha ses pieds du feu, prit un livre de messe déposé sur la cheminée, lut quelques lignes à voix basse, puis inclinant le front sur sa main, il se mit à méditer et à soupirer ; enfin, toujours sans mot dire, il replaça le livre où il l’avait pris, et disparut. Un homme qui, revenant de l'armée, avait voulu par bravade coucher dans une chambre à revenants du Châtellier, vit un peu avant la pointe du jour, deux hommes qui, après s’être salués en silence, s’assirent à une table, l’un feuilletait un rouleau de papier tandis que le second versait sur la table un sac d'écus qu'il se mit à compter et à recompter. Le garçon leur ayant demandé s’ils avaient bientôt fini, fut saisi, jeté hors du lit et traîné sur le plancher2.

Je n’ai pas jusqu’ici retrouvé le parallèle d’une singulière légende qui avait pour théâtre un château bien connu en Haute-Bretagne : Les gens étaient persuadés que la jambe de bois d'un certain comte de Combourg, mort depuis trois siècles, se promenait toute seule avec un chat noir dans le grand escalier de la tourelle3. Dans la Revue de Paris, 26 avril 1834, Edgar Quinet qui venait d’entendre à l’Abbaye aux Bois la lecture de cette partie des Mémoires d' Outre-tombe, donne une version un peu différente; la jambe était celle de M. de Coatquin (Coëtquen) qui tous les ans, la veille de Noël, sortait seule; elle montait, elle descendait, elle s’arrêtait devant les portes ; elle frappait, elle ouvrait, elle fermait," elle piétinait et s’engouffrait avant le jour dans les caveaux. Ces revenants se montraient aussi, non sous la forme qu’ils avaient de leur vivant, mais sous celle d’un animal. Cette croyance à

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