LES AVERTISSEURS DE CATASTROPHES
une sorte de métamorphose posthume est assez répandue (cf. t. III, 58, 149) et quelques-uns de ceux que j’ai cités fréquentaient, comme dans la légende qui suit, leur ancienne demeure :§Un des seigneurs de Villeret, qui avail des contestations violentes avec sa sœur au sujet d’un héritage s’écria un jour: Que celui de nous deux qui a tort soit frappé de la foudre ! Au moment où il venait de prononcer ces mots, un violent coup de tonnerre se fît entendre, bien qu il n’y eût aucun nuage et la foudre frappa le seigneur, dont la tète, abattue du coup, bondit sur la terre et y creusa un trou où elle disparut. Depuis un beau lévrier vint chaque soir dans 1a. grande salle du château où il se tenait toujours à la place d'honneur, à côté de la cheminée. Durant les longues soirées d’hiver, jamais il ne lui arriva de déserter le foyer, et si quelqu’un s’avançait pour lui disputer sa place, il se dressait sur son séant, et de sa patte droite allongeaiî un soufflet à cet hôte incivil. L’un des habitants du château voulut tenter par des voies plus douces de l’éloigner. Il s’approcha, et lui dit avec beaucoup de respect:
« M. de Villeret, voudriez-vous me céder votre place? » L animal merveilleux ne se le fit pas dire deux fois ; il disparut pour jamais L
A plusieurs châteaux s’attache la légende d’après laquelle des personnages qui ne sont pas de ce monde se montrent dans les appartements ou dans le voisinage lorsqu’il doit s’y produire un évènement funeste. En Ecosse cet esprit avertisseur attaché à la famille est désigné sous le nom de «banshie» qui a été assez généralementadopté pour qualifier ce genre d’apparitions, qui n’est pas particulière à ce pays. Cette croyance est beaucoup plus répandue en France à notre époque qu’on ne le pense généralement. Elle était connue au XIVe siècle, et probablement auparavant ; un passage du Roman de Mélusine de Jehan d’Arras, parle ainsi de la fée serpente : Encore est-il vérité qu’il y a ung Lieu à Lusignan auprès le puits, qu’elle (Mélusine) se mont.roit plusieurs fois à un homme qui est encore en vie. Item Ivon de Gales jura par sa foi à Monseigneur qu’il l'avoit veue par deux fois sur les murs de Lusignan par trois jours avant que la forteresse fust rendue1 2. Deux siècles plus tard la dame apparaissait non seulement lorsque le château devait éprouver quelque désastre, mais lorsqu’un de ses possesseurs devait mourir. Voici ce"’ que [dit Brantôme, qui semble rapporter des dépositions : Les unes disoyent qu’ils’la voyoient se pourmener toute vesteue avecque une très grave majesté ; les autres qu’elle paroissoit sur le haut de la grosse tour en femme très belle et en serpent; les autres disoient que, quand il debvoit arriver quelque grand desastre au royaume, ou changement de règne ou mort