Léo Desaivre. Le Mythe de le Mère Lusine , p
LES CHATEAUX
et inconvénient de ses parens, les plus grands de la France, et fussent roys, que trois jours avant on l'oyoit cryer d'un cry très aigu et effroyable par trois fois ; on tient cestuy-cy pour très vray ; plusieurs personnes de là qui l’ont ouy l'asseurent, et le tiennent de peres en fils; et rnesmes que, lorsque le siégé y vint, force soldats et gens d'honneur l’affirment qui y estoient; mais surtout, quand la sentence fut donnée d'abattre et ruyner son chasteau, ce fut alors qu'elle fit ses plus hauts crys et clameurs ; cela est très vray, pour le dire d’honnêtes gens. Du depuis on ne l’apoint ouye. Aucunes vieilles pourtant disent qu’elle s’est appareue, mais très rarement ' .
Cette fée banshie apparaissait ailleurs qua Lusignan : une femme blanche que l’on appelait la Merluisaine sortait la nuit d’une cheminée du château de Piney en Champagne; elle poussait des cris aigus que 1 on entendait du village voisin, et l’on pouvait être certain que l'un des châtelains mourrait dans l'année ; à Sassenage en Dauphiné, Mélusine se montrait trois jours avant la mort du seigneur, sous la forme d'une grande femme se promenant à pas lents. Une dame blanche errait autour des douves et du château de la Vergne (Vendée) quelque temps avant l'agonie d'un de ses habitants1 2.
Les deux récits qui suivent sont particulièrement curieux ; ils sont dûs à des personnes qui connaissaient, par tradition familiale, l’origine de l’apparition. Au château de la Ville Even (Côtes-du-Nord) l’on vil en 1886, une semaine avant la mort du propriétaire, alors bien portant, une dame blanche échevelée et les mains jointes ; on raconte qu'il y a environ trois siècles, une dame de la famille à qui appartient encore cette ancienne demeure, dit à son lit de mort à son fils aîné qu’elle reviendrait avertir ses descendants quand ils devraient passer de vie à trépas. Chaque fois qu'un malheur menaçait ceux de la châtelaine du Mas, près de Brioude, morte sans confession après avoir été infidèle à son mari, elle était condamnée à apparaître pour les prévenir. Quand quelqu’un devait mourir, la dame blanche rôdait plusieurs nuits de suite autour du château, puis pénétrait dans la grande chambre, où elle réveillait ceux qui dormaient en les gifflant, puis elle disparaissait, La dernière fois que l’on prétend l'avoir vue, c'est le 13 décembre 1880, à la mort d’une dame, mariée à un descendant de la châtelaine du Mas3.
Chaque fois que quelqu’un doit mourir au château de la Métairie (Vendée) la cloche est sonnée par i homme rouge ; si quelqu’un descend, l’apparition disparaît en poussant un cri. Des fantômes tenant à
1. Brautôme. Vie des dames illustres , éd. du Panthéon littéraire , i,. I. p. 485.
2. Paul Chardin, in Rev. des Ttad. -pop. t. VI, p. 296 ; Léo Desaivre) l. c. p. 100 ; G. de Launay, in Rev. des Trad. pop. t. V, p. 353.
3. paul Sébillot. Légendes locales, t. Il, p. 127 ; E. de Roure, in Rev. des Trad. pop. t. NVt, p. 197.