LES AVERTISSEURS DE CATASTROPHES
la main des cierges se promenaient dans l'avenue d’un château des environs de Granville peu de temps avant la mort de son possesseur. Lorsqu’on aperçoit dans la cour d’honneur du château de Prémorvan en Pluduno (Côtes-du-Nord) un cierge qui brûle la lumière vers le sol, et qui s’éteint ensuite, on peut être certain que dans les douze heures il y aura un défunt dans le village. Le décès de chacun des membres d’une ancienne famille de Montilly est annoncé par l'apparition d'un être dont on distingue mal la forme et qui court la nuit
Nombre de gens prétendaient avoir aperçu pendant les nuits noires les damettes , petites dames, à la fenêtre du château de Maubelle près d'Hyères ; ceux qui avaient pu les regarder suffisamment disaient qu'elles étaient toutes petites, jeunes, jolies, vêtues richement, et on les considérait comme bienveillantes; quand la lune éclairait le logis, on les voyait parfois danser, à travers les fenêtres ouvertes, on les entendait remuer des chaises, parler, chanter. Lorsqu’une circonstance heureuse arrivait dans la famille, on constatait leur joie ; on entendait leurs pleurs et leurs plaintes quand un malheur la frappait1 2.
Dans la légende qui suit, l’avertisseur de trépas semble n’être aperçu que par ceux qui ont le don de seconde vue : Lorsque en 1587, Jacques d’Amboise quitta Ambijoux pour rejoindre l’armée royaliste, il remarqua dans la cour du château un mendiant nommé Dreil, qui le regardait tristement et il lui jeta une aumône. Le vieillard ramassa l’écu et, quand le comte disparut, on le vit verser des larmes. Interrogé sur son chagrin, il expliqua que ce matin même, au moment où messire Jacques faisait, devant l’autel de la chapelle seigneuriale, sa prière d'adieu, lui, Dreil, agenouillé dans un coin, avait vu le fantôme des d’Amboise se placer derrière le comte et y rester silencieux. Comme cette apparition présage toujours une mort, tenez pour certain, ajouta t-il, que le maitre d’Ambijoux ne reviendra plus. Deux mois après, Jacques d'Amboise fut tué à Contras3.
Des esprits qui veillaient sur la vertu des femmes manifestaient leur présence sans se faire voir. Monteil parle de revenants attachés à la grande salle de certains châteaux ; c’était l’ombre d'un seigneur qui frappait un grand coup sur la boiserie, quand une jeune fdle avait forfait à l’honneur, et à plus grands coups, lorsqu’une femme allait y forfaire. Une légende apparentée est encore populaire en Auvergne : lorsqu'une châtelaine avait été coupable, une ombre revenait dans la tour basse du château de Saint-Paul-en-Cornillon, et réveillait par
1. G. de Launay, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 353 ; Paul-Yves Sébillot, ibid., t. XIII, p. 151 ; Lucie de V.-H, ibid., p. 145 ; J. Lecœur. Esquisses du Bocage , t. 11, p. 23.
2. Bérenger-Féraud. Superstitions et survivances , t. I, p. 7.