‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 218 sur 503 · Saint-Amant. Œuvres complètes, éd. Jaunet, t. I, p · texte numérisé non relu

Saint-Amant. Œuvres complètes, éd. Jaunet, t. I, p

2. Cyrano de Bergerac. Œuvres comiques, éd. Delahays, p. 47-48.

3. La Revue d'Aquitaine, t. I, p. 28 ; Karl des Monts. Légendes des Pyrénées, p. 261.

4. Léo Desaivre. Le Mythe de la Mère Litsine , p. 102 ; Boutiot. Notice sur Vendeuvre, in Ann. de l'Aube, 1860.

5. Ch. Thuriet. Trad. du Doubs, p. 48; H. Bardy. Le Val d' A joie, p. 6 ; C. Moiset. Usages de l’Yonne, p. 99.

LES DAMES REVENANTES

puissant voisin ; son sang coula sur l’arbuste dont les fleurs, depuis ce temps, se colorent d’une pourpre plus vermeille. Il y aura toujours des rosiers en cet endroit ; si quelqu’un s’avisait de les remplacer par un plant de chêne, son œuvre serait bientôt détruite par une main invisible. Souvent, dans les nuits d’été, quand de longues chaleurs ont desséché le sol, on voit descendre par le sentier qui conduit à la Loire l’ombre silencieuse du vieux châtelain qui va puiser de l’eau pour ses arbustes altérés1.

Des âmes de l’autre monde venaient accomplir la nuit à l’intérieur des châteaux délabrés les mêmesactes qu’ils y faisaient de leur vivant. Entre onze heures et minuit, quand la lune est sans nuages, les fenêtres de la tour d’Elven (Morbihan) s’illuminent et l’on entend les sons joyeux d’une fête, puis les ombres passent et repassent entre les lumières par l’ouverture des fenêtres sans vitres. Cela dure une heure, et tout rentre dans un profond silence2. On voyait vers minuit dans la grande salle du château de Rustephan une bière couverte d’un drap mortuaire, dont quatre cierges blancs comme ceux qu’on faisait brûler pour les jeunes filles nobles, marquent les quatre coins 3.

Les gens du voisinage d’un château d’Auvergne dont les ruines dominent le village d’Audes-sur-Couze, racontent qu’une scène tragique dont il fut le théâtre s’y reproduit périodiquement : le duc de Mercœur, alors partisan d’Henri IV, l'invita à venir dans ce château. Mais pendant que le duc combattait ses ennemis, le roi séduisit la duchesse, et son mari en ayant été averti, la tua et la jeta du haut de la muraille, puis il se lit ligueur. Il ne reste plus qu’un pan de mur ; mais le 29 octobre, anniversaire de la mort de la duchesse, le château redevient ce qu’il était, et à deux heures après minuit, on voit le duc poignarder sa femme et la précipiter du haut de la muraille. Mais personne n’ose aller s'assurer du fait, car ceux qui ont eu cette curiosité n’ont jamais reparu 4.

Plusieurs de ces dames avaient une attitude triste et conforme à la destinée tragique que leur attribuait la légende. Lorsque la lune brille il n’est pas rare de voir sortir des ruines du manoir de Kerprigent en Saint-Jean-du-Doigt, une jeune femme très belle ; ses cheveux épars sur ses épaules indiquent qu’elle vient d’être surprise au moment où elle allait se livrer au sommeil ; sa bouche entrouverte exprime une profonde douleur, et sa main droite, tenant sur son cœur un linge

1. Compte-rendu des travaux de la Société du Berry , 1866, p. 392.

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