B. Jollivet. Les Côtes-du-Nord , t. IV, p
3. G. Musset. La Charente-lnféi ieure avant l’histoire , p. 117 ; H. de Nimal. Légendes de la Meuse, p. 298, 307; D. Monnier et A. Vingtrinier. Traditions, p. 452; Alex. Bérard, in Revue des Revues, mars 1901.
4. G. d’Espinay. La fée Mélusine, p. 7 ; Ch. Thuriet. Trad. de la Haute-Saône, p. 361.
LES REVENANTES PILEUSES
La Dame blanche de la tour de l'Ebihen qu’on appelle aussi la « Mourioche », est l’âme d’une ancienne propriétaire de l’île qui revient le soir, voilée de brouillard, pour coucher sur son antique domaine et s'envole avec les mouettes, au matin, lors delà marée. Une jeune fille vêtue de blanc se promène, quand le soleil brille, sur les ruines du château de Tonquédec ; on la voit de fort loin; dès qu on en approche, elle s’éloigne l.
L’apparition de plusieurs de ces châtelaines était redoutée des gens du voisinage, qui parfois racontaient les périls auxquels étaient exposés ceux qui les rencontraient. Quelques-unes de ces revenantes avaient comme attribut une quenouille, qui probablement se liait, comme dans la légende suivante, à quelque épisode de leur vie. Lorsqu’on entend gémir le vent dans les ruines du château de Saissac, les vieillards disent à leurs enfants : « Prenez garde ! c’est la châtelaine qui file sa quenouille ! » Gettechâtelaine était jadis une bergère orgueilleuse de sa beauté ; un jour qu’elle pensait qu’elle aurait dû être grande dame, un moine d'une haute stature se trouva devant elle, et lui dit : « Je viens exaucer ton désir ; prends cet anneau, tu n’auras qu à prononcer les paroles gravées autour, et ce que tu auras souhaité [sera accompli ». Quelques jours après elle forma le vœu de devenir châtelaine, et dans la quinzaine, elle épousa le jeune seigneur de Saissac. Mais elle souhaita la mort du père de son mari, et par une nuit d’orage, peut-être par la puissance de l’anneau, le vieux seigneur expira ; son mari lui-même mourut peu de temps après; devenue maîtresse du château, elle fit la guerre à ses voisins, et comme l’un d’eux disait à ses envoyés qu’en terre de France la quenouille ne devait jamais se heurter contre l’épée, elle prit pour arme une quenouille de fer, et grâce à son anneau elle fut victorieuse. Elle devint altière et cruelle, et un soir elle vit apparaître le terrible moine qui posa sa main sur son épaule, la saisit dans ses bras, et prenant son élan, poussa du pied le château qui s’écroula sous ce puissant effort ; on dit dans le pays que jamais on n’a pu le reconstruire 2. La dernière châtelaine de Linchamps s'asseyait naguère toutes les nuits sur une anfractuosité d’une tourelle que l’on appelait la Chaise de la Fileuse ; vêtue de blanc, elle se reposait là de longues heures. On pouvait voir tourner son rouet qui ne faisait aucun bruit ; et quand elle se levait, elle poussait du pied quelques pierres qui tombaient dans la Semoy, comme si elle eût voulu faire disparaître tout vestige de son ancienne demeure. Les mères disaient souvent aux enfants ! « Prends garde à la fileuse ! si tu n’es pas sage, elle t'écrasera en te jetant une grosse pièrre ». La
1. E. Herpin. La côte d'Emeraude , p. 449 ; Mourioche est ordinairement un lutin protéiforme. Boucher de Perthes. Chants armoricains, p. 8.