‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 234 sur 503 · Musée des familles, 2e série, t. XII, p · texte numérisé non relu

Musée des familles, 2e série, t. XII, p

LES CHATEAUX

sur ses ruines ou se montre encore aux environs tantôt sous cette forme tantôt sous celle d’un chien, d’un lion, ou d’un animal fantastique *.

Mélusine qui, après avoir, de colère, jeté dans un puits sa servante favorite, s’y précipita de désespoir, se montre souvent autour de son ancien manoir de Maulne et crie en sanglotant : « Maulne ! Maulne ! tant que Maulne sera, malheureuse serai 1 » ; elle a pris en haine les habitants de ces contrées ; celui qu’elle rencontre à l’écart est roué de coups ; celui-là frappé d’un sommeil irrésistible est obligé de passer la nuit dans un fossé. C’est aux enfants surtout qu’elle s’attaque ; en saisitelle un, elle l’emporte pour toujours dans l’antre inconnu qu’ellehabite2.

Les lieux où s’élevaient autrefois les fourches patibulaires sont hantés et maudits. Il ne pousse pas de grain sur la lande de la Justice où était dressée la potence du Bordage et l’on y entend des plaintes la nuit3. Chaque année, pendant les Avents de Noël, les fantômes de ceux qui avaient succombé sous les coups des suppliciés s’assemblaient en grand nombre autour des potences du Carroir des Pieds pressés, et, dansaient des rondes désordonnées, dont les pas n’étaient réglés que par le cliquetis des squelettes qu’agitaient les rafales de la saison. On assure encore que durant la messe de minuit, les pendus des deux justices recouvraient tout à coup la parole, et se racontaient avec des éclats de rire effrayants, toutes les iniquités auxquelles ils devaient leur damnation 4.

Dans la commune de Poligné, sur la lisière du bois de Ferchaud, se trouve un lieu nomme la Penderie, et il s’y élevait, dit-on, un château, aujourd’hui disparu, habité par un seigneur qui haïssait les blasphémateurs. Il fit construire une butte entourée d’un fossé pour y placer, « sa penderie » et y pendre tous les charretiers qu'il entendait jurer en montant la côte de Mandon. « Mais à ce compte-là, lui dit son domestique, vous allez dépeupler le pays ». Reconnaissant la justesse de cette observation, il eut recours à un autre expédient: il établit, dans le bois de Mandon que traverse la roule de Nantes, une forge perpétuellement allumée et un fer toujours chaud avec lequel on perçait la langue des pauvres charretiers B.

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