LES PRÉDICTIONS
La peste qui, au moyen âge, exerça si souvent ses ravages, passe pour avoir dépeuplé des cités; c’est à une de ses invasions que Ion attribue la situation isolée de l'ancienne cathédrale de Digne. Une tradition du Cantal indique dans les bois, au-dessus de Bounac, l’emplacement d’Encousse, ville pestiférée et morte tout d’un coup ; car les populations voisines, épouvantées, murèrent ses portes et ne laissèrent plus sortir aucun de ses citoyens, afin que le mal fût étouffé avec eux. Plusieurs légendes de Normandie, qui semblent s’appliquer à des cités gallo-romaines, racontent qu’à des époques très reculées elles furent détruites par la peste, qui épargna seulement quelques habitants; à Banville, près de Courseulles, il ne resta que deux jeunes filles. Trois femmes du nom de Marie survécurent seulesàune épidémie qui éclata au hameau des Trois Marie, à Saint-Martin de Sallen, jadis chef-lieu d’une paroisse '.
La tradition locale veut qu’il ait existé à Saint-Brevin (Loire-Inférieure), une grande ville appelée Pontoise, au sujet de laquelle court un dicton :
Pontoise, ta passeras Et Saint-Brévin deviendras.
Le peuple de Pontoise s’insurgea contre le collège qui existait dans celte ville et tua non-seulement les professeurs, mais les élèves ; parmi ceux-ci était le fils d’un seigneur puissant qui vengea sa mort en saccageant la ville : c’est depuis qu’elle est réduite au petit bourg de Saint- Brevin 2.
Des proverbes et des dires populaires assurent que des villes que l’histoire ignore ou qu’elle connaît à peine, deviendront florissantes lorsque la ville la plus considérable de France, ou de la province aura disparu à son tour :
Pa ziveuzo Is E veuzo Paris.
Quand des flots Is émergera — Paris submerge sera.
Nantes périra Saint-Brevin renaîtra.
Quand Nantes périra Louan renaîtra.
Dans le bassin de Goulaine on croit voir près de l’île de Verdon une ville engloutie dont on place le centre près du pont de Louan, et qui disparut comme Ilerbauges par la malédiction du ciel. Les gens de Lanfains (Côtes-du-Nord) racontent qu’on y voyait une ville appelée Rillan, et il a été prédit qu’elle renaîtra lorsque Quintin périra2.
1. Durif. Le Cantal , p. 536; J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. II, p. 360.