‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 243 sur 503 · HUES ET MAISONS HANTÉES · texte numérisé non relu

HUES ET MAISONS HANTÉES

être au visage grimaçant, tout habillé de blanc, qui se promenait par les nuits sombres à minuit ; on la voyait de temps à autre errer derrière l’église dans les allées désertes du cimetière, où jetant un cri strident et angoissé, elle disparaissait tout à coup. Parfois on la rencontrait aussi assise sur le seuil des maisons ; c’était un signe de malheur pour leurs habitants, et l’un d'eux devait mourir avant huit jours L

Au XVIIe siècle, le Moine bourru, ou le moine gris se montrait la nuit dans les rues de Paris, et tordait le cou aux personnes qui avaient la curiosité de mettre le nez à la fenêtre. D'après le Cabinet salyrique , dès le règne de Louis XIII, ce n’était plus guère qu’un épouvantail, bon tout au plus pour faire tenir les enfants sages :

Moine bourru dont on"se moque,

A Paris l’effroi des enfants.

Pourtant Cyrano de Bergerac l’a cité dans l'énumération des personnages diaboliques qui figure dans le Pédant Joué , et en 1665, le petit peuple le redoutait encore1 2.

Dans les archives de la ville de Vevey, il est fait mention d’un servant « esprit follet » ou « tschauteret » qui au milieu du XVIe siècle et spécialement en 1551. habitait derrière la Villeneuve et entrait dans la tour de Boillet, où il se livrait à toute espèce de farces, de tapage et de malice. Le conseil de ville, après grave et mûre délibération, donna ordre au maître des travaux de « maçonner toute issue de la susdite tour» afin que le tschauteret ne pût pas y entrer s'il était dehors et ne pût pas en sortir s’il était dedans 3.

Bien que les esprits, qu’ils se rattachent à la féerie, au monde infernal ou à celui des revenants, affectionnent les endroits solitaires, ils manifestent parfois leur présence au milieu des villes ; les plus peuplées, les plus sceptiques, comme Paris, ont eu, à diverses reprises, et à des époques très rapprochées de nous, des maisons que l’on a supposé hantées. Dans des cités de moindre importance, il en est qui ont été abandonnées par la crainte des esprits ; l’une d’elles, dans la rue principale d’Anthume, ne put être louée pendant plus de trente ans, parce qu’on assurait que le diable y revenait et qu'il tirait par les pieds ceux qui avaient l’audace de lui en disputer la jouissance4. A Vitré une maison est inhabitée depuis un temps immémorial : dans l’une des pièces se trouve un puits d’où sort un démon qui a terrifié tous ceux qui ont essayé d’y passer la nuit ; les mères disent aux enfants « Si vous n’êtes pas sages, on vous enfermera dans la maison du diable 5. »

1. Paul Sébillot. Légendes locales , t. II, p. 217 ; Wallonia, t. IV, p. 83.

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