‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 244 sur 503 · Paul Sébillot. Légendes locales, t. II. p · texte numérisé non relu

Paul Sébillot. Légendes locales, t. II. p

LES VILLES

Ce sont surtout les revenants qui se montrent ou qui, plus habituellement, produisent des bruits extraordinaires. A Menton une dame paraît dans une maison avec sa tête sous le bras, depuis qu'un ouvrier, en faisant des fouilles sur son emplacement, décapita accidentellement le cadavre que renfermait un tombeau de l'époque romaine1. A Saint-Su* liac (Ille-et-Vilaine) on entend, disait-on vers 1850, depuis le commencement du siècle, un râle d'agonie qui ressemble à un cri d’enfant; il semble venir d'un cellier de la rue Besnier où un père impatienté tua une petite fille maladive2. A Nantes où l’on connaissait plusieurs maisons hantées, un bruit extraordinaire paraissait sortir d’un mur près duquel s’appuyait le lit de deux jeunes mariés ; le mari fouilla le mur et y trouva une excavation pleine d’ossements ; ils furent transportés au cimetière et tout bruit cessa. Sur une place de la même ville, une fort belle maison était appelée la « Maison des revenants », parce que personne ne pouvait et ne voulait y rester à cause d'un bruit qu’on entendait la nuit. Elle finit par trouver un acheteur et l’on reconnut que le bruit mystérieux venait tout simplement d’une source qui coulait dans les fondations, et que l’on entendait la nuit, où le silence se faisait partout 3.

Des animaux diaboliques ou fantastiques se promenaient dans les villes : A Quimper, à la fin du XVIIIe siècle, où il tombait souvent des gens dans la rivière, alors dépourvue de garde-fous, les vieilles et les enfants supposaient que le diable, sous la forme d'un gros chien noir5 précipitait les passants dans l’eau i. Ee Rongeur d’os était un grand chien, traînant des chaines et rongeant des os, qui parcourut longtemps la ville de Bayeux et ses environs. Un homme avait été ainsi métamorphosé par des fées malfaisantes ; on ne pouvait le délivrer qu’en lui faisant avec une clef une blessure d’où il sortît quelques gouttes de sang5. A Nantes, vers 1830, on disait que l’on voyait toutes les nuits une bêle blanche se promener sur les murs de la rue Noire6. Les gens qui rencontraient, la nuit, la male bête dans les rues de Toulouse, ou ceux qui le dévisageaient mouraient le lendemain7. Au commencement du XIXe siècle la Grand'Queue courait par les rues du Loroux-Botteraux (Loire-Inférieure) et passait sa queue sous les portes des maisons généralement assez mal closes. Les enfants en avaient tellement peur qu’ils n’osaient plus jeter les yeux sur la porte quand le soir venait 8.

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