LES STATUES POPULAIRES
menait les étrangers qui venaient en ville pour la première fois, voir Nantes et sa femme. A Malestroit un homme saisit aux cheveux une femme qu’il bat à coups de bâton ; c’est Malestroit et sa femme. A Vannes deux grosses figures, rue Noë, sont appelées communément Vannes et sa femme ; de même à Questembert deux bustes sont Questembert et sa femme. A Bain (Ille-et-Vilaine) il y a cinquante ans deux statuettes, aujourd'hui détruites, représentaient Bain et sa femme, au Croisic deux personnages sculptés se nomment Croisic et sa femme 1. A Quintin était la figure grotesque et réjouie du Papa au Lait, à i’angle de la rue de ce nom 2.
Des statues bien connues étaient usitées dans les comparaisons. Quand on veut parler d’un hypocrite ou quelqu’un de mauvaise foi, on dit à Nantes : « 11 est comme la figure à deux faces du tombeau des Carmes ». Ce mausolée, actuellement à la cathédrale, était jadis placé au couvent des Carmes, et le sculpteur Michel Colomb y a représenté la Prudence avec deux visages ; l’un de jeune femme, l’autre de vieillard 3 . A Tulle le dicton Redde couma Merloudan, Raide comme Aymar le Dom, fait allusion à une statue que l’on voyait avant 1793 sous le porche de la cathédrale4 .
Des légendes s’attachaient à quelques images de l'ancien Paris. On veut, dit Sauvai, que les deux statues que l’on voit sur le bord de la rivière, vis à vis de la rue de Bièvre, soient celles du duc de Bethfort, régent en France sous Henri VI, roi d'Angleterre, et de l’amiral Talbot, et qu’eux mêmes l’y ont fait mettre ; la première est le duc de Bethfort ; de l'autre, il ne reste plus que les pieds et les jambes et l’on tient par tradition, ou pour l'avoir songé, qu’au moment que Calais fut repris sur les Anglois, la tête et le ventre tombèrent en pièces d’eux-mêmes8. La statue du traitre Perrinet Leclerc était l'objet, au commencement du XVIIe siècle, d'actes qui témoignaient du mépris que l’on avait pour lui : Depuis que les Anglois furent expulsés et le roi Charles VII restabli en sa ville capitale, le peuple fit une statue de pierre semblable à Jean Le Clerc qui avait livré la porte aux Anglois, laquelle pour note de perpétuelle ignominie fut posée au bout du pont Sainct Michel contre la maison angulaire des rués de la Harpe et de Bussy. Où elle se void encore, excepté le visage qui est tout effacé de coups de pierre, de fange et autres ordures qu’on a jetté contre, en détestation du dit Le Clerc c.
1. Mm0 Vaugeois, ibid , p. 149 ; Rosenzweig. Rép . arck, du Morbihan, pt 144, 230,