F. Pluquet. Coules de Bayeux, p
LES GENS D’ÉGLISE
siné par un homme qui croyait par ce meurtre se débarrasser du sort qu’il prétendait lui avoir été jeté1. Une idée voisine semble avoir inspiré au moyen âge un acte de violence commis lors d’une épidémie qui faisait périr beaucoup de monde : des villageois résolurent de précipiter leur curé dans une fosse avant d’y enterrer un mort, et hommes et femmes se ruèrent sur lui pour l’y faire tomber 2.
Aux époques où la démonomanie était florissante, des prêtres se mêlèrent aux sabbats, et jusque vers le milieu du règne de Louis XIV cette accusation et celle de se livrer à des actes qui touchent à la magie est encore assez fréquemment portée contre eux. Un célèbre missionnaire du commencement du XVIIe siècle en constatait plusieurs chez le clergé breton de la Cornouaille : Il se trouvoit des Prestres également gnorans et vicieux, qui se laissoientaller eux mesmes aux superstitions du peuple, ou qui du moins les toleroient autant qu’ils en pouvoient tirer quelque utilité. Ils leur faisoient croire que la guérison des hommes et des bestes dependoient d’eux, et il n’y avoit point de maux dont ils n’entreprissent de les délivrer pour de l’argent, par des exorcismes apocryphes, qui avoient apparemment esté composez par quelques Magiciens. Plusieurs qui se servoient de ces exorcismes inutiles ou impies abusoient de la coutume louable des Chrestiens d’offrir neuf jours de suite le sacrifice de la messe pour implorer dans leurs besoins la miséricorde du ciel... la crainte de ces pauvres gens les leur faisoit payer plus libéralement qu’à l’ordinaire, et l’avarice de ces Prestres leur faisoit par cette mesme raison les conseiller avec plus d’empressement3. D’après un procès-verbal de visite faite en 1650 dans l’évêché de Mende un vieux prêtre dénouait l’aiguillette au moyen de pratiques à demi-païennes, et un autre guérissait par charmes les chevaux malades Naguère encore, dans la région du Sud-Ouest, on assurait que certains prêtres se livraient à des espèces d’envoûtements. D’après une superstition répandue anciennement en Béarn et en Gascogne, pour se venger d’un ennemi, pour le réduire à l’impuissance de nuire, il suffisait de faire prononcer contre lui l'escouminje, l’excommunication, dont l’effet devait être le dépérissement de la personne anathématisée. Le prêtre, en surplis, portant l’étole et la chape noire, récitait douze séries d’imprécations, à la lumière de douze cierges de cire noire, qu’on éteignait l’un après l’autre a. En Gascogne, la messe de saint Sécaire avait pour but de faire « sécher » peu à peu celui à l’intention duquel elle était dite . Les curés qui la savaient étaient rares, et il n’y avait à se charger de la
1. Abbé J.-M. Noguès. Mœurs d’autrefois en Saintonqe , p. 128; J. -B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 220 ; A. -S. Morin, le Prêtre et le sorcier , p. 12.