‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 272 sur 503 · LA SATIRE DES MOINES · texte numérisé non relu

LA SATIRE DES MOINES

J’ai souvent entendu dans mon enfance ce couplet que l’on chantait en chœur :

Frère Jacques, (bis)

Dormez-vous (bis)

Sonnez les matines (bis)

Bim ban ban.

Le dossier satirique de ces religieux, qui, pour une bonne parLie se compose de documents rétrospectifs, est beaucoup plus abondant que celui qui leur est favorable. Toutefois, en ce qui concerne les proverbes, alors que la plupart de ceux qui visent les prêtres sont encore d’un usage courant, on a oublié beaucoup de ceux ayant trait aux moines, que les écrivains ont enregistrés jusque vers la tin du XVIIIe siècle. Cette quasi désuétude tient vraisemblablement à la transformation des rapports entre le peuple et ces religieux ; ceux-ci, depuis une centaine d'années, se sont bien plus qu’autrefois tenus à l’écart des gens de leur voisinage.

Un hui tain du XVIe siècle, probablement d’origine huguenote, semble un résumé de la médisance populaire depuis Rutebeu f jusqu'à cette époque :

Pour nombrer les vertus d'un moine,

Il faut qu’il soit ord et gourmand.

Paresseux, paillard, mal idoine,

Fol, lourd, yvrongue et peu savant,

Qu'il se creve à table eu buvant Et en mangeaut comme un pourceau.

Pourveu qu’il sache un peu de chant C’est assez, il est bon et beau '.

Ce proverbe qui, appliqué aux prêtres, a de nombreuses variantes, n'a été relevé qu’en Dauphiné:

De moéino , ni de pinqeon N'allafeï clin ta mayson .

On disait au XVIe siècle : Il faut se garder du devant d’une femme, du derrière d’une mule et d'un moine de tous côtés3 4.

Il est vraisemblable que l'on a adressé aux moines quelques-uns de ces quolibets professionnels, dont l’usage était fréquent autrefois. Je ne connais que les suivants qui sont anciens :

l.unges fu puis par Normendie Retraite ceste gaberie :

Sire Maine, suef alez,

Al p isser planche vus gardez \

1. H. Estienne. Apologie pour Hérodote , 1. I, c. 20; cf. t. III, p 07, la désignation de cordelier donnée aux cochons.

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