Robert Wace. Le Roman de Rou, t. I, p
LES GENS D’ÉGLISE
Ce distique moqueur faisait allusion à un épisode de la vie légendaire de Richard de Normandie, où un moine qui s'était noyé en glissant d’un ponceau alors qu’il allait voir une dame, fut rappelé à la vie grâce à ce prince. Au XVIe siècle des Jacobins furent assaillis dans les rues de Paris du cri : Aux Huets ! 1 Dieu soit céans ! et moi dedans et le diable chez les moines ! 2 semble une sorte d’imprécation.
Le reproche d’hypocrisie n’est plus un de ceux que l’on fait maintenant aux moines proprement dits ; mais on l’adresse proverbialement aux religieux d’un ordre célèbre : appeler quelqu'un: Jésuite ! ou dire : C’est un Jésuite, c’est indiquer qu’il manque de franchise, de loyauté, A)U que faisant bonne mine à quelqu’un, il est disposé à le trahir. Le Dictionnaire de Trévoux qui cite deux proverbes peu favorables aux jésuites ne donne pas celui-ci. Dans le patois de Bayeux « Jésuet » signifie un hypocrite3. Les jésuites sont aussi appelés dindons, peutêtre parce qu’on leur attribue l'acclimatation de ce volatile, et on prétend que celui-ci se met en colère si on lui donne ce nom (cf. t. III,
Le proverbe « La robe ne fait pas le moine » qui, à un mot près, est encore populaire, était déjà courant au XIIIe siècle4. La comparaison de la Haute-Bretagne : Troussé comme un moine qui va-Gau lard, cellede l’Aube : Troussé comme un moine qui va au cresson, font peut-être allusion aux ordres quêteurs3 6 7.
Le vœu d’abstinence n’était pas rigoureusement observé par ces religieux, et la tradition les accuse d’aimer la bonne chère et le bon vin ; on dit toujours: gras comme un moine, mais on ne connaît plus de dictons analogues à ce distique du XVIe siècle :
Grand nau (navire) veult grand’eau,
Et gros moine, gros veau ü.
Cent ans plus tard on parodiait ainsi l’aphorisme : Monachus in claustro non valet ova duo , que Rabelais a rendu célèbre : Monachus in bello non valet ova duo. Il est vray, dit le Pédant ; mais in culina benc valet triginta - . Le blason béarnais Hacoum lous mounges de Luc, Faire comme les moines de Lucq, est ainsi expliqué : ils s’assemblaient près du baril et le mettaient en perce par les deux bouts pour avoir plus vite du bon vin8. Dans une chanson énumérative du Poitou, le prieur interroge frère Grégoire qui lui détaille, en les récapitulant à la fin,