Abbé Dardy. Anth. de l'Albret , t. I, p
LES GENS D’ÉGLISE
pêchés, il avait été changé en âne et que sa peine vient de finir. Une variante est populaire en Poitou1.
Si l’on relève encore l’emploi de quelques dictons satiriques, tels que : Sal’té d’capuchin (Verviers), Front de capucin (Albret); on ne dit plus : Jalousie de moines ners (noirs;, XIIIe siècle, qui au XVIe avait cette forme.: Il n’est en vye que de moine2.
Le proverbe: Paillard comme un moine, était courant au XVIe siècle, et les contes de cette époque sont, comme les fabliaux, remplis de récits en conformité avec lui. On en retrouve quelques-uns dans la tradition contemporaine : en Haute-Bretagne, deux moines en expédition galante, surpris par le mari, sont contraints de se réfugier, l’un après l’autre, dans un four où ils sont étouffés ; dans le Maine, il y a trois moines au lieu de «.leux3. Le valet d’un fermier qui croyait qu’un moine de Lantenac (Côtes-du-Nord) en voulait à la femme de son maître, feint que celle-ci a appelé ses gens pour manger la soupe et il arrive à la ferme avec son patron ; le moine va se cacher dans l'écurie des vaches; le valet s’y rend, comme pour faire leur litière, et il le couvre de boue et de paille ; le lendemain, même scène : le moine se cache dans le lit du domestique qui était dans le grenier, et celui-ci, sous prétexte de battre sa couette, le bat comme plâtre ; le troisième jour c'est bien pis, le moine se cache dans la cuve à lessive, et le domestique, feignant d'aider à la besogne, verse de l’eau bouillante sur le dos du moine que l'on retrouve bouilli et mort4.
Les moines figurent dans des chansons satiriques où leurs mésaventures sont moins tragiques. Quelques-uns font le saut par dessus l’abbave pour aller voir leur mie5 ; toutefois ils n’ont pas toujours du succès: c'est ainsi qu’une jeune fille repousse l’un d’eux qui s'est introduit dans sa chambrette et lui souhaite toutes sortes de maux6 ; un autre qui fait des propositions galantes à trois villageoises, est dépouillé par elles de son argent et de son cheval7. Une chanson qu’on retrouve en Normandie, dans les Alpes, en Champagne, en Poitou, en Boulonnais, etc., parle d’une dame qui prend les habits d’un religieux et le met
1. Paul Sébillot. Contes de prêtres et de moines, p . 4 , 5 ; in Revue des Trad. pop , f. XI, p. 633 ; R.-M. Lacuve. Littérature orale du département des Deux-Sèvres. Niort, 1906, in-18, p. 107.
2. Dejardin. Dict. des Spots, t. I, p. 267 ; Abbé L. Dardy. Anthologie de V Albret, t. I, p. 317 ; Dit de TApostoile ; Leroux de Lincy. Le Livre des proverbes, t. I, p. 37.
3. Henri Estienne. Apologie pour Hérodote, 1. I, c. 20 ; Paul Sébillot. Contes de prêtres et de moines, p. 5-6; Léon Pineau, in Rev. des Trad. pop., t. Il, p. 461.
4. Emile Hamonic. Le Moine amoureux, plaquette imprimée à JMoncontour par l’auteur, 1882, in-12 ; cf. t. Il, p. 370 le conte des moines et de la batelière.