‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 276 sur 503 · LA LUXURE DES MOINES · texte numérisé non relu

LA LUXURE DES MOINES

ensuite à la porte '. Dans une chanson poitevine un moine qui dit la messe après avoir confessé de jolies filles, entremêle le latin liturgique de pensées lascives ; un autre qui rencontre trois filles souhaite d'en avoir une à ses côtés1 2.

Les blasons populaires, d’accord avec Rabelais, prétendent que : « l'umbre même d’un monastère est prolifique ». Des habitants de Molèrne ont comme sobriquet : Le fidteu , les (ils de Dieu ; on dit que les moines de l’ancienne abbaye étaient très débauchés, et qu’ils avaient de nombreux bâtards3 4 ; avant la Révolution, on appelait les gensdeLandivy les Mouentiaux, et l’on disait qu'ils étaienL les fils des religieux de Savigny\ Les habitants de Montmartin (Doubs) sont surnommésles bâtards ; il y avait là jadis un couvent de moines ; en Franche-Comté, ce sobriquet se rencontre partout où il y a eu une communauté5 6. En Picardie, on appelait les gens de Saint-Fuscien Ches fiu de moine ; eu Franche- Comté, on donnait ce même nom de fils de moines à ceux de Pretin, mainmortables du prieuré de Château-sur-Salins, qui passaient pour avoir eu le droit de cuissage5. Dans les Côtes-du-Nord, le sobriquet des habitants du Guildo est celui de « Les Moines » parce qu’ils descendent des religieux d'un couvent voisin, qui, disait-on vers 1880, exerçaient le droit de prélibation 7 . Deux monastères qui existaient jadis non loin d’Englebelmer-Vitermont , avaient entre autres privilèges celui qu’ils appelaient la Purification ; les jeunes filles qui se mariaient étaient tenues de passer la première nuit de leurs noces avec l'un des moines, et elles faisaient serment de ne rien révéler. La jeune femme du seigneur d’Englebelmer, qui s’était soumise à cet usage, en revint fort triste, et pressée de questions, raconta tout à son mari qui, pour se venger, mit le feu aux deux moutiers8. Les vieilles gens disent que les moines d'un grand couvent qui, avant la Révolution, existait à Doulon (Loire-Inférieure) mettaient à mal les jeunes filles et les femmes mariées, et qu'ils avaient peuplé la paroisse de leurs bâtards 9. En Basse-Bretagne et en Franche-Comté deux proverbes presque identi-

1. J. Bujeaud. C/ianls pop., t. II, p. 289 ; 'Jean Fleury. LUI. orale de la Basse- Normandie, p. 325; J. Tiersot, 1. c., p. 186 ; E. Rolland. Chansons populaires, t. I, p. 158.

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