‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 277 sur 503 · Mme Vaugeois, in Bev. des Trad. pop., t. XIII, p · texte numérisé non relu

Mme Vaugeois, in Bev. des Trad. pop., t. XIII, p

En Lorraine on dit encore que quand les moines des couvents allaient cajoler les femmes, ils laissaient leurs sabots à la porte, et que tant qu’ils y restaient, ni le mari ui d’autres n'avaient le droit d’y entrer (E. Auricoste de Lazarque, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. 522).

LES GENS D'ÉGLISE

ques accusent les religieux d’entretenir des concubines en dehors de leur cloître :

N’eus manac’h er minifii N’en deufé gr'eg é Kerity.

Il n’y a pas de moine au monastère (de Beauport.) — Qui n’ait sa concubine à Kérity.

11 n’y a pas de moines à Acey Qui n’ait sa gouine à Bresilley1.

Les moines avaient la réputation de ne pas mener une vie plus édifiante dans l’intérieur de leurs couvents. Sur la porte de l’abbaye de Moissac, se trouvaient, disait-on, sculptés un coq, une caille, et une chouette ; et les gens du pays leur attribuaient ce dialogue qui est populaire en beaucoup d’endroits du Midi :

Le coq : Aysi tocon !

La caille : Qauqis cops , qauqis cops !

La chouette : Chut ! chut 2 /

D’après un recueil du XVIe siècle, un paysan ayant surpris une fille qui avait essayé de tuer son enfant nouveau-né, la suit, et la voit entrer dans le couvent des moines de saint Benoît, près de Taillebourg. Il en avertit la tante du roi François Ier qui ordonne à ses gens d’entrer dans l’abbaye et d’y amener tous ceux qu’ils y trouveraient. Ils lui obéissent, et conduisent devant la dame quinze moines, dix-sept paillardes, quatre souillons de cuisine et cinq laveuses d’écuelles3. Des chansons parlent de jeunes filles surprises dans la cellule des moines4.

Les femmes qui vivent déguisées dans un couvent d’hommes figurent dans plusieurs contes, dont le plusjconnu est le joli fabliau de Frère Denise 5. Cette donnée se retrouve dans une tradition qui s’attache à un monastère de l’ordre des Augustins à Saint-Saury. Lozette de Castelnau s’y étant rendue au lieu d’aller à la chapelle, elle entra dans la cellule du prieur, qui élait un jeune religieux de noble race. Elle y resta trois semaines ; puis le prieur l’engagea à quitter ses vêtements féminins, et à changer de robe. Lozette habillée en moine fut reçue frère lai. Au bout d’une année, prise de remords, elle alla se jeter aux pieds de son père qui traversait la forêt voisine, et lui avoua sa faute en demandant merci ; Castelnau la repoussa durement et lui dit : « Je te pardonnerai, Lozette, le jour oit il y aura dans ton couvent une femme

1. Habasque. Notions historiques , t. I, p. 245 ; Ch. Beauquier, 1. c., p. 27.

2. Ici l’on aime — Quelquefois — Chut! chut! (Connu, de M. de Beaurepaire- Froment). Cf. des interprétations similaires du langage des oiseaux le t. III, p. 226.

3. Nicolas de Troyes. Le Grand Parangon des Nouvelles nouvelles, p. 114-116.

4. J. Fleury. Littérature orale de la Basse-Normandie, p . 323 ; A. Meyrac. Trad. pop. des Ardennes, p. 287, cf. aussi la complainte des Révérends pères, p. 291 ; E. Rolland. Chatisons pop., t. I, p. 154 et suiv.

5. Rutebeuf. Œuvres, t. Il, p. 63 et suiv. ; cf. Les Cent nouvelles nouvelles, LX ; Heptaméron , Nlle XXXI.

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