A. Dauzat, iu Rev. des Trad. pop., t, XIII, p
LES GENS D'ÉGLISE
viandes dont elle ne reconnaît pas la nature. Lorsqu'elle semble rassasiée, on pose devant elle une assiette recouverte d’un voile que le prieur soulève, et dans les débris de son épouvantable festin elle reconnaît la tôle, les pieds et les mains de son enfant, bile sort du couvent et lorsqu’elle a franchi le ruisselel, elle maudit le monastère en disant : « Faites, ô mon Dieu, que la pierre la plus basse de celle demeure en devienne la plus élevée ! » A peine a-t-elle achevé que les murailles s’engloutissent pierre à pierre dans un go u lire dont on n’a jamais pu sonder la profondeur '. On disait autrefois que le courroux du ciel s’était appesanti sur l'abbaye de Saint-Vincent d’Arlay, et l'avait ruinée à cause de la vie licencieuse des moines ; chaque nuit, ils revenaient crier et blasphémer parmi les décombres de leur ancienne demeure. C'est pour cela qu'on l’avait appelée l'Abbaye du Diable1 2. Le lac de Fiers remplace un couvent foudroyé et enseveli sous ses eaux, une nuit de Noël, à cause de l’impiété des religieux qui l’habitaient (cf. t. Il, p. 399). La terre s’entr’ouvrit pour englou tir les moines de Bosquen (Côtes-du-Nord'' qui, étant à danser au moment où passait un prêtre, porteur du Saint-Sacrement, continuèrent leur divertissement au lieu de s'agenouiller comme tout le monde3.
Les moines exercent la même influence néfaste que les prêtres. Au XVe siècle on disait: Quant on voit blans religieux aler ou chevauchier par les champs, nul ne se doit acheminer celle part, pour le lait temps qui par coustume leur survient... Le rencontrer du matin d'un blanc moisne est très mauvais signe, mais le rencontrer d’un noir est, par le contraire, bon signe4. Au XVIIe siècle, celui qui, le matin, trouvait un moine en son chemin était exposé à un malheur. Cette croyance est conservée en Hainaul5 6. Dans la Gironde, voir un moine, aux environs de Metz un capucin, est un présage de mauvaise chasse”. La présence abord d'un navire d’un religieux est redoutée. Il y a une soixantaine d’années, un moine passager à bord d’une tartane provençale faillit, lors d’une tempête, être jeté à la mer par les matelots7. D'après la superstition girondine le train de chemin de fer dans lequel se trouvent des moines est plus qu’un autre exposé à dérailler ; mais on peut prévenir cet accident en louchant immédiatement du fer 8.
Les moines sont bien plus rarement inculpés de sorcellerie que les prêtres, et les récits qui leur attribuent ce rôle ont surtout été relevés
1. Frédéric Chevalier, in La Tradition , sept. 1890, p. 274-216.