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LES RELIGIEUSES PAR CONTRAINTE

autres personnes qui ne travaillent pas à des ouvrages de force : l'une d’elles n'ayant rien à faire inventa les puces pour se désennuyer (cf. t. III, p. 301). C'est peut-être parce que, en raison de leur vie sédentaire, elles sont souvent grassouillettes, que l'on dit en Haute-Bretagne d’un mauvais couteau, qu'il coupe comme les genoux d'une nonne, et en Vend êe Queurn les genoils d'ine bonne sur 1 . Je n’ai relevé aucun trait populaire sur la gourmandise des nonnes, auxquelles on attribue pourtant l'invention de plusieurs friandises. Elles sont aussi rarement accusées de manquer de charité ; cependant un monastère s’écroule parce qu’on y a refusé de secourir un pauvre (cf. t. II, p. 394-395).

Le célibat des religieuses, les regrets qu'il entraîne parfois, les circonstances qui en accompagnent la rupture, les amours au couvent, tiennent dans la littérature orale et dans les légendes une place qui sans être aussi grande que dans la littérature écrite, no laisse pas que d’être considérable.

En Béarn, lorsqu’une jeune hile que l'on suppose ne pas être bien sincère exprime le désir de se faire sœur, on lui répond ironiquement:

Relhjouses de Sent Auqustü Dus caps sus u couchii

En Haute-Bretagne court un dicton analogue :

La communauté de saint José ;

Deux têtes sus l'oreiller

Et deux pantoufes sous l'Iet (lit) ’.

Identique, au patois près et au second vers, à un dire du XVIIe siècle : Estre de la religion de saint Joseph, quatre pantoufles sous le lit4.

Plusieurs des 'chansons oit figurent les bonnes sœurs parlent de celles qui ne restent pas volontiers, comme dit un couplet poitevin « à pourrir derrière les grilles » r’. Quelques-unes se refusent à se séparer du monde, ou tâchent d’y rentrer. Point de couvent je ne veux ma mère, Je ne serai pas religieuse, sont les titres de deux chansons de l'Ouest où des jeunes filles manifestent leur répugnance à prendre le voile et regrettent leur liberté6. Des nonnes par contrainte maudissent successivement les diverses parties de leurs vêtements professionnels7. Il en est qui sont malades d’amour 8 ; quelques-unes parviennent à sortir

1. Jelian de la Chesnaye. Proverbes vendéens. Paris, 1906, i n -8° p. 10.

2. V. Lespy. Proverbes du Béarn , p. 194; ce dicton est aussi connu en Limousin, en Provence et en Corse; cf. J.-M. Filippi. Recueil de dictons corses, p. 32 ; Mistral Trésor, v. Agustet.

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