Cénac-Moncaut. Litt. pop. de la Gascogne, p
LES GENS D’ÉGLISE
de leur moutier, soit par ruse, soit avec l'aide de leurs amoureux, ou par des connivences diverses1. Ces évasions ne sont pas d’ordinaire aussi mouvementées que celle que raconte une légende franc-comtoise. Il était d’usage que les nonnes du Doubs envoyassent au comte de Dôle une Notre-Dame de cire ; une novice gagna la tourière et se mit dans le colfre à la place de la Vierge. Un jardinier robuste qui l’avait chargé sur ses épaules, s’arrêta à boire en route et le déposa sur la margelle d’un puits ; mais la pauvre fille se trouva les pieds en l’air et la tète en bas. Cite n’osait ni parler ni se plaindre et le moindre mouvement pouvait la précipiter dans le puits. Elle échappa pourtant à ce péril ; mais, en expiation de sa faute, elle resta toute sa vie plus jaune que la statue dont elle avait osé prendre la place2.
Des dictons et des légendes font allusion à la conduite licencieuse de certaines nonnes d’autrefois. La piours amors, c’est de nonains % disait-on au XIIIe siècle, et un poète de la même époque semble s’inspirer d’un proverbe courant :
Quant ces nonuains se vont par le pays esbatre,
Les unes à Paris, les autres à Monmartre,
Tel fois emmainne deux qu’on en ramainne quatre.
Plaisanterie qui, d’après Achille Jubinal, est restée populaire sous cette forme :
C’est l’abbaye de Montmartre,
On y va deux, ou revient quatre 4.
Au XVIIe siècle, on disait à Paris d’un homme qui aimait les femmes:
Il est de l’abbaye de Longchamps Il tient des dames.
Cette abbaye avait mauvaise réputation, comme celle de Notre-Dame du Lys en Brie, qu’on appelait à la même époque, le vrai séminaire des Enfants rouges, à cause du débordement des religieuses qui y habitaient. Au couvent de Saint-Félix s’attachait ce dicton : « Douze lits
1. Cte de Puymaigre. Chantspop. du pays messin , t. I, p. 80 ; J. Bujeaud, 1. c. p. 263-26S ; J. Fleury. Lût. orale de la Basse-Normandie , p. 311 ; V. Smith. Vieilles chansons du Velay , p. 23 , J. Fleury, p. 313 ; Ch. Guillon, 1. c. p. 223 ; J. liersot. Chansons pop. des Alpes françaises, p . 181; J. Daytuard. Vieux Chants pop. du Quercy, p. 211 ; ci. aussi la complainte de Uamon et Henriette.