DOLÉANCES DES LA BOUDEURS
Aussi grand cop fiert un vilains G'un quens fait u c’uns castelains 1 .
Et l’on dit en Wallonie :
On paysan qu'est-sl-â l’chèrowe (charrue)
Vas mî qu’on signeûr avà les rowe (rue).
Et en Touraine : un bon paysan vaut bien un méchant bourgeois 2.
Des dictons constatent le rôle peu brillant, mais essentiellement utile, des travailleurs de la terre : Diivar breac'h al labourer 'ma er bed holloveva: Sur le bras du laboureur s’appuie le monde entier pour vivre. Dans la main du laboureur est la clé du grenier du propriétaire ba même idée est exprimée dans des chansons : un passage de l’une de celles du pays basque blâme l’ingratitude des autres hommes à 1 égard des paysans : O pauvre laboureur ! — Toi même tu manges du mais, Et tu récoltes du froment et du vin de quoi rassasier les paresseux. — Malgré cela on t’aime comme les bergers le loup \ Les quatre derniers vers d’un couplet d'une version du Pauvre laboureur recueillie dans la Haute-Loire, se retrouvent, avec quelques changements de mots, dans le Forez et dans la Bresse :
Le pauvre laboureur.
Passant pour un vilain,
Nourrit la noblesse
N’y a rien de plus certain.
N’y a pas roi ni prince, ?
Ni évêque ni seigneur Qui ne vive de la peine Du pauvre laboureur ■.
Quelques images populaires, dont l’une semble remonter au XVIIe siècle, montrent avec leurs attributs caractéristiques les ordres privilégiés (plus la magistrature) et le paysan dépenaillé ; chaque état est accompagné d une inscription ; celle du paysan est : Je vous nourris tous trois B.
Plusieurs moralités du moyen âge et de la Renaissance mettent en scène 1 Eglise, la Noblesse et le Laboureur ; dans l’une des plus audacieuses, jouée â Rouen en 1541, Eglise, Noblesse et Pauvreté font ensemble la lessive; Eglise et Noblesse forcent Pauvreté à laver leur linge sale et elles chargent encore tout le faix sur son dos :. Un tableau