II. Gaidoz, in Mélusine, t. VII, col
LA NOBLESSE ET LF. TI1RS-ÉTAT
du XVIe siècle que l’on voyait jadis à l’Hôtel-de-Ville d’Aix en Provence représentait un laboureur portant sur ses épaules un cœur au milieu duquel était une reine en manteau fleurdelisé ; il était soutenu légèrement par un gentilhomme et un cardinal, tandis que le paysan courbait la tête écrasé par le fardeau. L’inscription : Je suis las de les porter se lit sur plusieurs faïences révolutionnaires, parmi lesquelles on peut citer une assiette où figure un paysan appuyé sur sa bêche, et courbé sous le poids de la croix et de l’épée, et un saladier daté 1791, où le laboureur vient de les mettre par terre et ne conserve que sa bêche L
La misère du peuple, qui pourtant fut si grande à certaines époques du moyen âge, au XVIe siècle, et à la fin du règne de Louis XIV, n'a laissé que bien peu de traces dans les chansons, même en y comprenant celles qui, comme les complaintes et les Noëls, sont semi-populaires. Dans son discours aux états d'Orléans (1360), Joachim duChalard, avocat au grand conseil, après avoir parlé de la détresse du peuple, ajoute: Par cela se complaignant, disoit le rustique :
Les nobles me mangent mon bien,
En outre, me font mille alarmes,
Puis les sergens et les gendarmes Me battant, vont pillant le mien 1 2.
Les Noëls enregistrent parfois les doléances des travailleurs de tout ordre venus près de la crèche ; elles sont surtout formulées par les gens des métiers ; dans quelques-uns cependant, comme ’ ceux-ci qui proviennent de l’Auvergne, les laboureurs détaillent ainsi leurs maux :
... Lou païsan
Ne pouodon pa grand chàusa,
Au sa ben que la tailla
Et lou chirven
N’en son tota la causa.
♦ Lou coulelour
Fan tou le tour Nou ranchon la ventrailla,
Prenon le gra et la pailla ,
En bei la taxa et sou aria.
N' aven ma lou é per pur a.
Ils se plaignent de l’avarice de leurs pasteurs, du seigneur du pays, des usuriers, des sergents de la taille, etc 3.
Parmi les chansons, la plus dolente et aussi la mieux venue, est
1. Champfleury. Histoire des faïences patriotiques. Paris, 187o,in-18 p. 127, 44, 106, cf. aussi les fig. de la p. 97 où le paysan supporte le poids de la royauté étayée sur une crosse et nue épée.
2. Champfleury. Histoire des faïences patriotiques, p. 99-100.