Revue historique de l'Ouest, 1900, p
LES SÊIC.NEURS MEURTRIERS
malheureux qui osaient entrer au château sans la permission ne reparaissaient plus : ils étaient mangés par ses dogues ou jetés dans les étangs quand les animaux étaient repus \
La légende du seigneur qui s'amuse à tirer sur des vilains est encore très répandue. Elle a comme point de départ des faits réels, dont deux au moins sont constatés historiquement, à des époques peu éloignées de nous. Au XVIIe siècle, le baron de Locmaria tua volontairement un couvreur aux environs de Lannion ; cent ans plus tard, un prince du sang, le comte de Charolais, revenant de la chasse, tira sur un bourgeois d'Anet qu'il vil sur le seuil de sa porle en bonnet de nuit 1 2. On donnait le nom de Robert le Diable à un méchant seigneur du Bourbonnais qui, sous la régence, fusillait les couvreurs sur les toits 3. En Basse -Normandie, on prétendait qu’en payant au roi cent et un écus, le meurtrier pouvait racheter son crime. On y accuse les châtelains de Rouvron, de Mesnil Robert, d’autres encore, d’avoir, en rentrant bredouilles, déchargé leur fusil sur un ouvrier occupé à réparer la toiture de leur manoir ; dans le Bessin, on cite les seigneurs de Villiers et de Creuilly, en Maine-et-Loire le châtelain de Bré-Robert 4 5 6 ; au milieu du siècle dernier, les vieillards attribuaient le même acte au comte d’Artois, depuis Charles X, qui l'aurait commis dans sa jeunesse0; il est probable qu’on le confondait avec le comte de Charolais. En Auvergne, le sire de Montsuc s'amusait parfois à prendre comme cible des femmes et des enfants ; le seigneur du Tertre Volant en Plénée (Côtes-du-Nord) tirait des coups de fusil sur ceux de ses fermiers qui lui avaient déplu. G
Dans le Maine, on parle encore des méfaits d’une duchesse qui habitait le château de Rouillé à Torcé ; fort belle, mais impitoyable, elle jetait ses vassaux dans les oubliettes profondes, garnies de couteaux acérés ; il suffisait de lui avoir déplu pour ressentir les ellels de sa colère : ayant rencontré, en revenant de la chasse, un tailleur, laid et vieux, qui la salua gauchement, elle lui cingla le visage avec son fouet avec tant de violence qu'elle le tua net, et le fit enfouir, comme un chien, dans un coin de ce champ qu’on a toujours appelé depuis le Champ du Couturier. Un jour qu'elle chevauchait dans sa forêt de Charmi, elle s'accrocha par les cheveux à une grosse branche, et, son cheval s’étant effrayé, elle resta suspendue comme Absalon ; elle eut