Antony Dessaix. Trad. de la Haute -Savoie, p
5. F. Villon. Ballade des dames du temps jadis. Bibl. elïévirienne, p. 63.
è. Brantôme. Vie des dames galantes, éd. Pant. litt. t. II, p. 595.
LES CHATELAINES ANTHROPOPHAGES
Ahès, la lille de Grallon, traitait ses amoureux comme la bru de Philippe le Bel et les faisait jeter dans un précipice. Plusieurs autres traditions parlent de châtelaines luxurieuses et cruelles. La dame des Hogues, qui habitait un château des environs de Fécamp, attirait dans sa tourelle les plus beaux et les plus aimables de ses jeunes vassaux, puis une mort violente payait un instant d’illusion et d’amour, et les cadavres étaient jetés dans la mer du haut des falaise d’Yport ; la châtelaine de Montange, dans l’Ain, qui revient sous forme de dame noire au Rieu d’Enfer, faisait précipiter dans le torrent les imprudents que ses charmes avaient captivés. La demoiselle de Gruchy, qui était magicienne et connaissait le moyen de se transformer en toutes sortes d’animaux, faisait entrer les jeunes gens chez elle, puis quand elle en était lassée, elle les changeait en bêtes ou en plantes ; elle faisait éventrer ceux qui osaient lui résister et mettait leurs intestins à sécher sur les haies d’aubépines1.
On raconte en divers pays de France des légendes qui rappellent cet épisode de la Belle au Bois dormant , dans lequel la vieille reine ordonne à son cuisinier de lui apprêter la chair de ses petits-enfants. D’ordinaire elles accusent d’antropophagie habituelle plusieurs femmes, quelquesunes même historiques, et ayant vécu à une époque assez rapprochée de la nôtre. Le château de Sabouraud dans l’Agenais a appartenu à l’une d’elles 2. En Auvergne la reine Margot (Marguerite de Valois) qui fut enfermée dans celui d’Usson mangeait les enfants ; on avait bien soin de les éloigner d’elle, car dès qu’elle en connaissait un gras et bien frais, elle l’envoyait quérir par ses gardes. Isabeau de Bavière, dont on montre la maison à Montferrand, avait le même goût dépravé 3. On l’attribuait aussi dans le même pays à la comtesse Brayère : un jour son maître-queux, pris de remords, accommoda de la même manière qu’un petit enfant un veau nouvellement né et le servit à sa maîtresse, qui le trouva excellent. Elle n’avait pas encore achevé son repas quand des gémissements se firent entendre dans la cour du château ; elle envoya s’en informer, et on lui rapporta qu’une vache à laquelle on avait enlevé son veau, avait rompu pour le chercher les liens qui la retenaient à l’étable. La comtesse émue de ce récit, plaignit la pauvre bète, et ordonna qu'on lui rendît son veau; mais on lui dit que c’était impossible, puisqu’on venait de le lui servir à la place d’un enfant. La comtesse fit venir son maître-queux et lui reprocha durement sa tromperie et sa dureté. Il lui répondit : « Vous plaignez aujourd’hui une pauvre vache dont on a pris le veau, parce que vous avez vu sa
1. A. Bosquet. La Normandie ro?nanesque, p. 476 ; Alexandre Bérard, în Revue des Revues, 15 Mars 1901 ; J. Fleury. Litt. orale de la Basse^Normandie, p. 46-47.