A. Dauzat, in Beu, des Trad. pop. t. XV, p
LA NOBLESSE ET LE TIERS-ÉTAT
douleur, mais n’éprouvent-elles donc rien ces pauvres mères dont vous faites enlever les enfants?» Aces paroles la comtesse s’écria qu'elle reconnaissait ses crimes, et depuis elle se livra à la pénitence 1 . D’après une variante localisée au château de Murols, aussi dans le Puy-de- Dôme, c’est la reine Margot qui, émue par les mugissements de la vache, ordonna de prendre soin d’elle, et fît planter un sapin au pied des remparts, dans un endroit pierreux, en disant que s’il croissait, è’était signe que Dieu lui pardonnait ses crimes ; le sapin est resté rabougri 2. La Vendée a aussi sa mangeuse d’enfants; elle s’y nomme madame Béatrix : le mets le plus délicat pour elle était leur cœur et leur foie. Son cuisinier ayant été parrain, elle alla jusqu'à lui demander son filleul ; cet homme prit un petit chien, dont il apprêta le cœur et le foie et les servit à Béatrix ; celle-ci trouva le plat si amer que, se doutant qu'on l'avait trompée, elle se livra à la plus affreuse colère. Elle fit venir son cuisinier qui lui avoua que, pressé par le remords, il n’avait pu exécuter ses ordres ; il s’exprima avec tant de persuasion que Béatrix, touchée de repentir, fit vœu de faire pénitence ; c’est à cette occasion qu’elle fit, dit-on, construire l’abbaye des Fontenelles 3. Suivant un récit romanesque et fort arrangé du pays de Guérande, une princesse à laquelle l’auteur donne le nom de Khéma, évidemment supposé, ordonna un jour à son cuisinier d’aller lui chercher un jeune enfant, le plus tendre qu’il pourrait trouver. Celuici, croyant à un caprice, lui amena une jolie petite Mlle blonde ; la princesse lui cria de la tuer, en lui disant que s’il n’obéissait pas, elle ferait égorger sous ses yeux son propre enfant. Elle s'habitua à ces horribles festins, et depuis, une dizaine d’enfants ayant disparu, on soupçonna si bien la princesse qu’un jour que le cuisinier était en quête d'une nouvelle victime, il vit des paysans en sentinelle qui criaient: au loup! Cette fois, il lui servit un petit chien, mais elle reconnut qu’il l avait trompée, et elle ordonna au cuisinier de liq apporter de la chair humaine, fùt-ce celle de sa fille à lui : il alla prendre la propre fille de la dame, et la tenant renversée sur ses genoux, il lui dit qu'il allait la tuer. La princesse demanda grâce; le cuisinier lui reprocha ses crimes, et par mégarde, tout en parlant, il blessa la petite fille ; la princesse, la croyant morte, poussa un cri de douleur et trépassa4.
Les excès de pouvoir et l'avarice des nobles sont l'objet de plusieurs
1. Bouillet. Album Auvergnat , p. 196. On montre une cavité circulaire dans le ruisseau voisin où la comtesse faisait laver les enfants. [Rev. des langues romanes, t. III, 9e série, p. 222).