‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 329 sur 503 · LES EXCÈS DE POUVOIR · texte numérisé non relu

LES EXCÈS DE POUVOIR

récits. Un manant appelé Madoux ayant refusé de vendre sa chaumière au seigneur de Rouvres, celui-ci profita de ce que le paysan accomplissait avec sa famille un pèlerinage à N.-D. de la Délivrande, et il fit raser sa maison, abattre ses arbres et dévaster ses champs ; la charrue promenée partout effaça jusqu'aux moindres vestiges de la demeure du pauvre homme 1 . En Anjou M. de Charnacé employa des procédés moins violents à l'égard d’un tailleur qui n'avait pas voulu lui vendre une maisonnette qui défigurait son avenue. Il le fit venir au château et lui dit qu'il avait un ouvrage très pressé, et qu'il ne sortirait qu'après l’avoir achevé. Pendant qu’il s'y emploie de son mieux, Charnacé fait prendre un plan exact de la maison, avec tout le détail intérieur, puis il la fait démonter et ensuite remonter à une certaine distance de l'avenue, où il fait disparaître jusqu’aux moindres traces de la chaumière. A la nuit le tailleur, mis en liberté, veut rentrer chez lui et ne retrouve plus sa maison à l'endroit où elle était, mais à quelque distance il en aperçoit une toute semblable à la sienne ; il y entre et voyant tout disposé comme à l'ordinaire, il est convaincu que c'est un tour de sorcier 2.

On racontait en Normandie qu'une châtelaine de Rouvres était si avare qu’elle pesait toujours à faux poids le lin qu’elle donnait à filer aux pauvres femmes des environs. Elle en fut punie après sa mort : un habitant de la commune qui avait passé trois jours en enfer pour avoir lu imprudemment dans le Grimoire, déclara à son retour qu'il avait vu madame de Rouvres condamnée à tenir une énorme balance dont un des bassins penchait toujours du même côté, de sorte que, obligée de rétablir l’équilibre par le seul effort de sa main, elle en ressentait un supplice insupportable 3.

Quelques-uns des innombrables droits féodaux, désagréables ou simplement facétieux ou comiques, tiennent une certaine place dans les souvenirs populaires. J’en ai déjà cité plusieurs, et parmi eux celui qui s'appliquait à la première nuit de noces. C’est, avec l’obligation de battre l'eau pour faire faire les grenouilles, celui qui semble avoir le plus frappé l'imagination populaire, puisque fous les deux sont le sujet de dictons et de récits. En 1560, Bonivard écrivait : En Bourgoigne ha un chasleau haiant fossé plain d’eaue en laquelle reparent force grenouilles et quelquefois quant elles crient, en sorte qu’elles gardent le seigneur de dormir, quand ce seroit bien à la mynuict et il mande ses paysans, ilz sont astrainctz d’aller avec belles gaules blanches, les menacer de bafture si elles ne se taysent. Touttes-fois si elles

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