C. Fraysse, iu Rev. des Trad. pop., t. XIX. p
S. Amélie Bosquet. La Normandie romanesque , p. 478.
LA NOBLESSE ET LE TIERS-ÉTAT
n’obéissent, le seigneur n’a sus eux point d’action. Si me semble qu’ilz feroient mieux de leur tirer (arracher) à touttes les lengues1. Plusieurs blasons se rattachent à des pays qui étaient soumis à ce droit. Les gens de Grandfontaine-sur-Creuse (Doubs) s’appellent les « rainettes », parce que les villageois devaient battre les étangs autour du château de Passavant. Ceux de Mathay, pour la même raison, étaient surnommés Chape-ernouille , tape grenouille 2. On dit à Loulan-les-Forges :
Rânottes coisâ voue Monsieur lou marquis doue.
Grenouilles, taisez-vous, monsieur le marquis dort. Les habitants de ce village étaient astreints à la corvée de battre les étangs comme ceux de Nicey, qui doivent à cette circonstance le sobriquet de : Lr. renouillei , les grenouilles 3.
Les soulèvements des vilains exaspérés de toutes les avanies qu’on leur faisait subir n’ont laissé que peu de traces dans les souvenirs, et il n’en est aucun qui s’applique sûrement à la Jacquerie. Mélusine qui résida jadis dans un château de la forêt de Maulne était si dure pour ses vassaux que ceux d'Arthonnay finirent par se révolter. Elle assista en personne au siège du village, et l’ayant emporté, elle fit passer les habitants au fil de l’épée. A son retour tous ses gens s’empressèrent de la féliciter ; seule une jeune fille qu’elle avait prise en affection resta silencieuse, ne pouvant retenir ses larmes. Mélusine furieuse de cette attitude, s’élance sur elle et la précipite dans le puits. Revenue à elle, elle veut l’en faire retirer, mais la jeune fille n’est plus qu’un cadavre; Mélusine désespérée entre dans un nouvel accès de fureur, pousse un cri déchirant et se précipite à son tour dans le puits4 5 *. Suivant une tradition vendéenne le propriétaire du manoir de Moncoutant tyrannisait ses vassaux, même nobles ; un soir il s’avisa d’apparaître dans la salle des festins monté sur un coursier sellé et, sans souci de ses hôtes, de faire caracoler sa monture au milieu des coupes et de la vaisselle. Enfin, les vilains ourdirent en silence un complot, et un valet, lin soir, plaça un flambeau allumé entre la fenêtre ouverte et son maître assoupi après boire. Un bon tireur se hissa avec son mousquet dans les hautes branches d’un arbre, en face de la tour, et quand le flambeau éclaira en plein la face du seigneur, il visa derrière la lumière et le seigneur frappé à mort laissa tomber sa tête dans ses bras repliés 8.