‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 331 sur 503 · LES RUSES DES VILAINS · texte numérisé non relu

LES RUSES DES VILAINS

Un vilain d’Auvergne vengea d’une façon cruellement raffinée le meurtre de son tils ; le seigneur de Bosfranchet avait ordonné, sous peine de pendaison, que personne ne sortît au moment où, le jour de son mariage, sa fille se rendrait à* l’église ; le fils d’un charbonnier, qui s’était caché dans un buisson pour voir celle qu’on disait être une merveille de beauté, et que son père avait jusque-là cachée avec soin, fut surpris par les gardes et pendu, malgré les supplications de la mariée. Pendant la cérémonie, le père du jeune homme enlève le fils du cruel seigneur, l’élève, fait de lui un brigand puis, un jour, tous les deux pénètrent dans le château, et le jeune homme frappe son père sans le savoir. Le charbonnier lui raconte que c’est lui qui, par vengeance, a enlevé son fils, en a fait un brigand et un parricide1.

Les légendes rapportent que si emportés et si autoritaires que fussent les nobles, ils se laissaient désarmer par des traits d’esprit ou de courage. Le sire de Kermilin, qui vivait aux dernières années du quinzième siècle, jaloux de la célébrité que s’était acquise un tailleur de Plouvorn, le fit venir un soir, et lui ordonna de le suivre au donjon; lorsqu’ils y furent entrés le seigneur lui dit : « Je veux voir si tu mérites ta réputation. Il me faut mon habit pour demain matin — Et l'étoffe, Monseigneur, où est-elle ? — L’étoffe, eh bien, tu t’en passeras ». Le seigneur ferma la porte à double tour sur le tailleur. Celui-ci passa la nuit sans pouvoir résoudre ce difficile problème ; au matin, il réfléchissait encore, lorsqu’il aperçut un charbon sur le sol ; il le prend, et il trace un habit sur le mur nouvellement blanchi. Au moment où il finissait, le seigneur entra et le tailleur lui dit: « Où êtes-vous donc resté, Monseigneur ? il y a longtemps que votre habit est fait. Il ne vous reste plus qu’à l'endosser ». Le sire de Kermilin, enchanté de son esprit, lui rendit la liberté, en lui montrant toutefois l’énorme potence qu il avait fait élever pour le pendre 2. Le seigneur du Bordage en Haute- Bietagne, le sire de Charnacé en Anjou, pardonnent à des manants qui leur ont résisté sans bassesse ou qui même leur ont fait peur 3.

I lusieuis seigneurs qui, comme on sait, étaient souvent impitoyables pour les braconniers (cf. t. I, p. 277-280) soumettent des chasseurs à des épreuves dont ceux-ci sortent vainqueurs grâce à leur finesse. Un manant de Touillon s étant permis de tirer un marcassin fut amené au château avec la bête. Par ordre du châtelain, on la rôtit, la table est servie, et le pauvre homme se trouve en face de son gibier. Le terrible baron lui dit : « Va, mais sache que ce que tu feras à cette bête te sera fait ». Le manant fourre son doigt à l’opposé de la hure et le suce en

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