LA DAME AUX NOMBREUX ENFANTS
servante, en allant les y porter dans un sac, rencontra le châtelain, à qui elle dut lout avouer. Il les fit élever en secret, et un jour il les amena au château, habillés comme celui qui avait été gardé, et le mit au milieu d'eux ; puis, pour punir sa femme, il la fit enfermer dans un tonneau garni de lames de couteaux et rouler jusque dans la rivière '.
Une dame qui, il y a une centaine d'années, habitait le château de Limanlon (Nièvre), dit un jour en parlant des femmes de ses métayers: « Files font autant de petits que des truies ». Or, peu après, elle accoucha do sept enfants qui furent présentés pour être baptisés sur un plat d'argent, et qui ressemblaient, à des porcelets1 2. Au XVIIe siècle, un voyageur trouvait une sorte d'attestation d’une légende semblable a Arles, où on lui montra la maison où l'on avait nourri huit enfants jumeaux, la mère n'ayant conservé que le neuvième ; une servante accusée par elle d'impudicité lui en souhaita autant qu'une truie peut avoir de pourceaux 3. Une version de Brabant wallon est un peu différente: une fermière ayant durement refusé l'aumône â un mendiant, celui-ci en montrant nue truie suivie de treize petits lui souhaita autant d’enfants que la truie en nourrissait; quelque temps après, la femme accoucha en effet de treize enfants4 * 6.
Dans les légendes et dans les contes, les seigneurs qui représentent la puissance et la force brutale ont d’ordinaire le dessous en matière de ruse et d'esprit. C’est ainsi qu'ils sont dupés et bafoués par des prêtres ou des moines (cf. t. IV p. 271, 272) ou par des paysans qui leur font accroire qu'ils possèdent des objets merveilleux, les leur vendent à des prix énormes et finissent parfois par les ruiner ouïes noyer3. Dans nombre de versions du Fin Voleur celui-ci les trompe à plusieurs reprises fi. Ce récit d’Auvergne est l’un des'seuls qui les représente comme plus fins que les paysans: Ces habitants de Leinhac auraient bien voulu s’affranchir delà redevance de deux oies qu'ils payaient à leur seigneur. Une année, en remettant leur tribut, placé suivant la coutume dans un panier découvert, ils renouvelèrent leurs doléances. « Soit, dit le seigneur, mais comme les oies sont intéressées à la décision, consultons-les. Voulez-vous revenir ici l'an prochain ?» leur demanda- 1il en leur serrant le cou, sous prétexte de les caresser. Ces oies, dont
1. Prosper Vallerange. Le clergé, la bourgeoisie et le peuple , p. 119-121.