‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 336 sur 503 · LES NOBLES ET LEURS PAIRS · texte numérisé non relu

LES NOBLES ET LEURS PAIRS

Le peuple émerveillé de l’opulence et de l’étendue des possessions territoriales de certains seigneurs explique parfois ces dons par des interventions surnaturelles. Quelques-uns ont conclu un pacte avec le diable ; celui-ci venait tous les soirs s’entretenir dans la Tour maudite avec un noble auquel, grâce à lui, tout réussisait ; le châtelain y fit porter un coffre d’argent, et déclara à Satan qu’il ne voulait plus avoir aflaire à lui ; aussitôt le château fut rempli de flammes, et il eut à peine le temps d’en sortir 3. Le sire de Changé s’était aussi donné au diable à la condition d’avoir quinze ans de vie, la richesse et le meilleur

1. Guillotin de Corson. Récits historiques de la Haute-Bretagne , p. 73-76.

On racontait au moyen âge un parallèle de ce miracle ; un Sarrasin qui pendant une famiue s’était montré aussi charitable, croyait ses greniers vides, lorsque ayant été imploré par un pauvre, il y monta et les trouva pleins. (Etienne de Bourbon. Anecdotes , p. 84).

D’après une croyance encore ‘vivante, les dames des châteaux connaissent des remèdes particuliers auxquels les paysans attribuent beaucoup de vertus. Les voisines de Mme de Sévigné lui en indiquèrent plusieurs dont elle fit usage dans ses diveries maladies ou malaises. (Dr Cabanès et Barraud. Remèdes de bonne femme. Paris, 1907, in-16 p. 8).

2. Abbé Lecanu. Histoire de Satan, p. 297 ; Abbé Grivel. Chroniques du Livradois, p. 14S ; D. Monnier et A. Vingtriuier. Trad. p. 64.

3. Paul Sébillot. Contes de la Haute-Bretagne, t. II, p. 284-285.

LA NOBLESSE ET LE TIERS-ÉTAT

cheval de l'enfer pour le transporterait il voudrait L Dans le Maine, le seigneur de Montdragon, sur le point d'être exproprié, l’appela aussi, et lorsqu'il se fut engagé à lui livrer son âme au bout de vingt ans, ses coffres regorgèrent d'or. Les vingt ans révolus, le diable arrive, madame de Montdragon va le recevoir avec une torche à demi consumée, et lui demande d’accorder à son mari, pour faire son testament, le temps que durera la torche. Le démon y consent, mais la dame ayant souillé la torche, il comprend qu’il est dupé et s en va furieux en faisant une brèche dans le château1 2.

D'autres seigneurs devaient leur pouvoir et leur richesse à des talismans: Une fée malheureuse s’étant arrêtée au seuil d’une chaumière où des paysans mangeaient leur soupe, ils lui donnèrent l’hospitalité et lui prêtèrent une vieille terrine pour se faire à manger. Quand elle se fut réconfortée, elle prit congé d'eux et leur dit : « lant que vous conserverez celte terrine, toutes sortes de biens vous arriveront. » En effet la chaumière devint une ferme qui, aprèsquelques années, se transforma en un magnifique château, qui était celui de Monceaux, dont on voit encore les ruines. En 1793, les Bleus saccagèrent le château ; la vieille marmite porte-veine fut brisée et peu après le château fut incendié3. D’après une légende lorraine, un comte d’Angeweiller rencontra un jour une fée, comme il revenoit de la chasse, couchée sur une couchette de bois, dans une chambre qui étoit au dessus de la porte du château d’Angeweiller; c’étoit un lundi. Depuis, durant l’espace de quinze ans, la fée ne manquoit pas de s y rendre tous les lundis, et le comte l’y alloit trouver. 11 avoit accoutumé de coucher sur ce portail, quand il revenoit tard de lâchasse, ou qu il y alloit de grand matin, et qu’il ne vouloit pas réveiller sa femme ; car ce’a étoit loin du donjon. Enfin la comtesse ayant remarqué que tous les lundis il couchoit sans faute dans cette chambre, et qu il ne manquoit jamais d’aller à la chasse ce jour-lâ, quelque temps qu il fit, elle voulut savoir ce que c'éloit, et ayant fait faire une fausse clet, elle le surprend couché avec une belle femme ; ils étoient endormis. Elle se contenta d’ôter le couvre-chef de cette femme de dessus une chaise, et aprèsl'avoir étendusur le pied du lit, elles’enalla sans faire aucun bruit. Lafée, se voyant découverte, dit au comte qu’elle ne pouvoit plus le voir, ni là, ni ailleurs, et après avoir pleuré l’un et l’autre, elle lui dit que sa destinée l'obligeoit à s’éloigner de lui de plus de cent lieues ; mais que pour marque de son amour, elle lui donnoit un gobelet, une cuiller et une bague, qu'il donneroit à trois filles qu’il avoit, et qu’elles apporteroient tout bonheur dans les maisons dans lesquelles elles

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