LA RICHESSE DES NOBLES
entreroient, tandis qu'on y garderoit ces gages; que si quelqu un déroboit un de ces gages, tout malheur lui arriveroit1 2 3 4 5 6. Tant que l'on conserva au château de Clairon un clairon magique, ses possesseurs prospérèrent ; mais l’un d’eux ayant eu le malheur de le perdre, >ut tué à un siège et avec lui s'éteignit sa famille *.
Quelques dires populaires sont en relation avec 1 opulence de certains nobles : un des ancêtres du duc de La Rochefoucauld-Doudeau ville, qui possède d’immenses domaines a Bonnétable, était si riche que le roi avait eu plusieurs fois recours à sa bourse. Il avait eu la pensée de faire paver de pièces d’argent une des chambres de son château; le roi s’y opposa, ne pouvant souffrir quoi) marchât sur sa figure. Alors le duc, qui tenait à son idée, la fit paver en les mettant debout et on y employa plusieurs millions en écus de six francs. Leduc actuel, d’après les paysans du Perche, avait oftert en 1871 de payer â lui seul les 5 milliards exigés par les Prussiens -. Dans le pays de Pont-l’Abbé, on dit que le seigneur de l’Iie Chevalier avait une chaîne en or massif, si longue qu’elle eut fait une double bride a son cheval. Les sires de Kerbelvév non loin de Penmarc h, tapissaient en soie le chemin parcouru par la procession de la Fête-Dieu
La fortune colossalle des Saulx-Tavannes est restée proverbiale en Bourgogne, où l'on répond â une demande d argent indiscrète . Est ce que tu crois que j'ai la fortune de M. de/favannes ? "■
Les seigneurs riches et puissants étaient bien moins nombreux que ceux de condition plus modeste. Une légende qu on racontait autrefois en Périgord et en Bretagne disait" pourquoi il v a tant de familles nobles dans ces deux provinces : Au temps jadis Dieu voyant la France dépeuplée par les guerres remit un sac (sans doute rempli de graines de gentilshommes) à un ange et lui ordonna de le secouer en volant. L'ange obéit, et il lançait le contenu du sac à travers les airs ; le vent qui était violent poussa vers le Périgord une partie de ce que le sac contenait, et lorsque l’ange plana au-dessus de la Bretagne, s apercevant qu’il était à moitié vide, il versa le reste sur le sol ’.
Les petits nobles qui vivaient maigrement dans de modestes gentilhommières étaient de la part des seigneurs riches et des roturiers l’objet de blasons satiriques qui raillaient leur pauvreté et leurs prétentions. Au XVIIe siècle, on appelait Gentilhomme à lièvre celui qui les trois quarts du temps se nourrissait du produit de sa chasse, comme
1. Tallemant des ttéaux. Historiettes, t. IV, p. 195-196. Cette légende a aus*i été racontée par Dassompierre, parent du seigneur. ( Mémoires , Cologne, 1665).