‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 347 sur 503 · LE SANG DES CHAMPS DE BATAILLE · texte numérisé non relu

LE SANG DES CHAMPS DE BATAILLE

le Pont des Ossements » . Suivant un autre récit, il aurait été construit à la suite d’une grande bataille, et ses fondements auraient été posés sur les ossements des vaincus ; sous les piles du Pont d’Armes auraient été enfouies les armes des ennemis l.

Des noms de lieux, auxquels se rapportent parfois de courtes légendes, conservent le souvenir de rencontres. Le Marais de la Bataille en Anjou est ainsi appelé parce qu’il s’y livra autrefois un grand combat 2. Une plaine voisine du château de la Roue (Puy-de-Dôme) se nomme le Plat des Egaux depuis que le seigneur de la Roue et celui de Polignac s’y mesurèrent sans succès décisif ; ils eurent une autre fois entre le bourg de Saillant et celui de Montpeloux une rencontre si meurtrière que le sang rougit la rivière d'Anse qui se trouve au dessous 3. Ce trait du sang versé en assez grande abondance pour changer la couleur des eaux ou en augmenter le volume est d’ailleurs fréquent (cf. t. II, p. 331, 332, et plus loin les récits sur la bataille de Baugé et celle de Saint- Cast). Il est bien plus ancien que le XIVe siècle, où il figure dans un document écrit : Adonc i ot si grant bataille et si cruel et si grant multitude de cels chaerent mort enqui d’une part et d’autre que en la valée qui n’est pas moult loin du chastel et qui est devers occident, li sang des morz corroit en semblance de I. missel, la quex valée est dite anquores dès celui tans de tous les gaaingneors valée de sang4. Les soldats qui combattaient dans le pré de la Bataille, voisin du château de Rieux, avaient du sang jusqu a la cheville. Non loin de Villers dans le Doubs, le Champ du sang est celui ou les Neufchâtelois furent défaits par les habitants de Villers et de Morteau. A la Mare du sang en Plumelec (Morbihan) se rattachait aussi le souvenir d’un combat 5.

Suivant quelques récits, plus intéressants pour la légende que pour l'histoire, des personnages sacrés interviennent en faveur des belligérants : Dans un temps bien éloigné, les païens étaient cachés dans les hauts parapets enterre d’une enceinte qui s’étend jusqu’au bourg de Billio. Une armée de chrétiens vint les attaquer ; la lutte fut longue et acharnée : mais les païens retranchés derrière leurs remparts, repoussaient leurs adversaires et les poursuivaient vivement dans la plaine,

1. Pitre de l'isle. Dict. arck. de la Loire-Inférieure. Saint-Nazaire, p. 136.

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