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LES DRUIDES

officiellement aboli par un sénalus-consulte du règne de Tibère. 11 était probablement mort au moment de la formation de l'idiome roman, et on ne le rencontre pas chez les écrivains du moyen âge, ni sous sa forme, ni sous celle qu’il aurait dû prendre comme les autres mots en passant du latin dans la langue vulgaire.

Le breton paraît l’avoir aussi oublié. La seconde édition du Dictionnaire français-breton de Le Gonidec contient le mot Drouiz, mais les initiales H V. indiquent que c'est une addition de M. de la Villemarqué. F.-M. Luzel affirme que jamais le mot « Druide » ou Drouiz n'a été prononcé devant lui par un paysan breton '. Je puis dire la même chose en ce qui concerne la Haute-Bretagne, et je n’ai relevé ce terme, en français ou en patois, dans aucun glossaire provincial. Le mot druide réapparaît vers l’époque de la Renaissance sous cette forme, calquée sur le latin druida ; on ne le rencontre ni dans les comédies ni dans les auteurs semi-populaires ; mais il figure dans des romans ou dans des contes littéraires-. On ne le retrouve dans aucun conte recueilli populairement, dans aucune chanson 3 ; il est absent des formulettes, et les collecteurs de proverbes ne le connaissent pas davantage. Toutefois le Dictionnaire de Trévoux au mot Druide, qu'il traduit par homme capable et expérimenté, enregistre cette expression : C'est un vieux Druide, il pourra vous donner de bonnes instructions.

Les mentions plus ou moins traditionnelles sont également rares. Le voyageur Jodocus Sincerus (1635) relève dans une forêt voisine d’Aigues-Mortes une chaise de pierre du haut de laquelle les druides qui habitaient les bois haranguaient le peuple4 : cent ans plus tard, le curé Joussemet parle des autels en grosses pierres naturelles que les

1. F.-M. Luzel. De l'authenticité des chants du Barzaz-Breiz, p. 18-19.

Drouiz provient d’une suggestion galloise (cf. Emile Ernault. Hevue Celtique , t. XXV, p. 277). Grégoire de Rostrenen, a un article druide, sacrificateur, magicien et philosophe des anciens Gaulois. Drus , p. druscd ; dru, p. druëd ; druh, p. druhed ; (de drus, chêne, voyez chêne). 11 ajoute : « Dryade, magicienne des anciens Gaulois et prophëtesse, clrus'es, p. drusesed ; druhès , p. druhesed ». Mais il n’a dû entendre rien de cela ; un indice très sérieux, c'est qu’à <« chêne », il dit : « Als, drus, de là druide, à cause du gui de chêne ; du-gui-l'an-neuf, etc. » 11 est très probable qu'il a commencé par faire une étymologie de druide d'après ôpo; (deûs), que ses préventions de celtomane l’ont fait nationaliser celtique ancien (d’où sa mention al(ia)s ; cl ma critique, Gloss, moyen breton, XI-XXI V) ; puis il aura confondu les deux idées de chêne et de druide, et omis lais ; il y a chez lui d’autres exemples de ces autosuggestions relatives au breton ancien. Il a pu, d’ailleurs, être précédé dans cette voie par d’autres celtomane?. (Comm. de M. Emile Ernault).

2. Les druides jouent un certain rôle dans l'Astrée, et dès la préface l’auteur parle des « Chastes Vestales et Druydes ». (Honoré d'Urfé. L'Astrée. Paris, 1618, n-8, p. 9). Il est possible que l'expression notée par le Dict. de Trévoux ait été suggérée par ce roman célèbre. Dans le conte en prose de » Peau d'Ane », le roi va consulter un vieux Druide peu scrupuleux. ( Le Cabinet des fées, t. 1, p. 198).

3. Un Druide a été introduit arbitrairement dans les Séries, la première pièce du Barzaz-Breiz. (F.-M. Luzel, 1. c., p. 19).

i. Itinerarium Galliœ, p. 196.

322 l’histoire de France dans la tradition populaire

Druides avaient à l’île d’Yeu (cf . F.-L. de France, t. IV, p. 78). Les écrivains qui émettent la théorie des sacrifices humains sur les dolmens les associent spécialement à ce rite sanguinaire (p. 80 et suiv.). Les ombres de leurs victimes hanteraient un vaste marais de la Loire- Inférieure (t. II, p. 421); à Guernesey le dernier druide aurait été métamorphosé en un rocher anthropomorphe (t. II, p. 93). Aucune des innombrables légendes sur les mégalithes ne fait intervenir les druides dans leur construction, pas davantage dans leurs hantises. Ceux qui portent, assez rarement du reste, des noms tels que Cordon des Druides à Landéan (Ille-et-Vilaine) ou Autels des Druides, en ont été probablement gratifiés à l’époque où ces monuments étaient désignés sous le titre de druidiques. La modernité du nom de Druids temple ou temple des Druides, qui est parfois donné au grand dolmen de Lancresse à Guernesey 1 n’est pas douteuse, puisque, jusqu’en 1811, il était enseveli sous le sable des nielles.

Faut-il voir une simple coïncidence de nom entre le dieu Taranis et la bête fantastique appelée Tarane, ou une survivance caricaturale du dieu ? L’archéologue normand qui nous a donné la description la plus complète des gestes de ce lutin protéiforme penche pour cette dernière opinion : Taranis est devenu dans le pays d’Auge une divinité de bas étage qui sous le nom de Tarane court nuitamment le pays, bat la campagne pendant l’Avent, se déguise tantôt en belle dame, tantôt en grand chien et se fait un jeu d’épouvanter les paysans 2.

On a relevé, surtout dans le Midi, un certain nombre de lieux-dits ou de formules où figurent des personnages non gaulois antérieurs à la conquête romaine. D’après Mistral, Annibal devient Annibeau en Languedoc, ailleurs Aniba , et l’on a rattaché son nom à plusieurs circonstances physiques remarquables ; telles sont: lou saut d Annibal, escarpement du pays de Foix ; lou roucas d' Annibal en Languedoc, lou pas d'Annibau , coupure pratiquée dans le roc à Montfaucon (Gard) ; la breco d'Annibau au Buis (Drôme) le Saut et le Mur d’Annibau à Arles-sur-Tech (Pyrénées Orientales), la font d'Annibau, à Thorame (Basses-Alpes), la Taulo d’Annibau, table de pierre que l’on montre entre Fours et Saint-Dalmas, dans le même département 3, le lloco d' Annibal près Amélie-les-Bains, qui est peut-être le même que le mur d’Annibal, barrière naturelle qui forme la cascade de Mondony 4 ; l'enciso d' Annibal, dans le Gard est la brèche du col de Roquemaure ; dans

1. Henri Moulin. Notice sur les monuments des îles anglo-normandes .

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