‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 364 sur 503 · ANNIBAL ET MARIUS · texte numérisé non relu

ANNIBAL ET MARIUS

l’Aude un chemin de la commune de Gruissan porte le nom de chemin d’Annibal ’.

En Provence, et surtout dans la région du Bas-Rhône, on rencontre le nom du vainqueur des Cimbres ; Le bain de Marius ou de Mario est un escarpement près de Yentabren, li porto de Marius un défilé voisin de Vauvenargues ; des camps retranchés à Trets et à Belcodème, attribués à ce général, se nomment lou camp de Marius1 2 3 4. Une légende que j'ai rapportée, t. IV, p. 102, lui attribue l’origine d’une chaussée de l’étang de Berre. Son souvenir aurait été, vers 1820, conservé par le peuple, qui le rattachait à une sorte de pèlerinage supposé antique : A Vauvenargues, le 24 avril, après la messe qui a lieu sur la montagne, les pèlerins vont visiter le Garagaï, qui est une sorte de gouffre. Une tradition constante et générale rattache cette coutume à la victoire remportée par Marius sur les Teutons et les Ambrons ; on assure que la bataille se donna le 24 avril, et que le soir les Romains allumèrent un grand feu au sommet de la montagne. Le lendemain Marius la gravit avec sa sibylle Galla, et fit précipiter cent prisonniers par une ouverture de cette montagne, selon les prescriptions de la sibylle ; le précipice prit alors le nom de Galla-Caï d’où par corruption Garagaï... Nous ne garantissons pas toutes ces circonstances, mais il nous paraît hors de doute que ce pèlerinage de Pertuis a réellement l’origine que la tradition lui donne. Il est évident qu’il n’y a ièi aucun motif religieux; une coutume si ancienne, qui n’a été interrompue dans aucun temps, malgré les difficultés de la route, ne peut avoir son fondement que dans un évènement mémorable tel que cette fameuse victoire qui délivra la Provence de cet essaim de Barbares. Le feu allumé par les vainqueurs sur la montagne, et qui est encore allumé sur la terrasse du couvent, dut être remarqué., par les habitants de Pertuis qui étaient dans une cruelle attente, et ils répondirent par un feu à ce signal d’allégresse, comme maintenant ils y répondent en allumant un feu sur la place. Cette circonstance paraît avoir contribué à perpétuer la tradition, et nous ne voyons pas de motifs pour la révoquer en doute \

M. Roque-Ferrier, à propos de formules sur Annibal et Marius, dit qu elles ont été accréditées à l’époque de la Renaissance par des lettrés5. Cette observation critique peut s’appliquer à un grand nombre d’appellations à apparence historique. 11 est probable que beaucoup ont été arbitrairement imposées, par les guides ou par les touristes, à des lieux remarquables, qui avaient une autre désignation et peut-être

1. Gaston Jourdanae. Contribution au Folk-Lore de l'Aude, p. 138-139.

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