‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 365 sur 503 · F. Mistral, 1. c · texte numérisé non relu

F. Mistral, 1. c

3. O de Villeneuve. Statistique des Bouches-du-Rhône , t. III, p. 249-250.

4. Roque-Ferrier, in Revue des langues romanes, t. V, p. 201.

324 l’histoire de France dans la tradition populaire

une légende explicative ; mais qui, ornés de noms fameux, semblaient leur emprunter une sorte d'illustration ; à force de les entendre repéter, les gens du voisinage les ont retenus et les redisent; mais il est vraisemblable que si on leur demandait si tel ou tel endroit n'est pas appelé autrement, ils répondraient en citant un autre nom, moins illustre, mais plus ancien et plus réellement traditionnel. Quelques exemples montrent que des monuments, autrefois désignés par un terme qui n’avait rien d’antique, et que les paysans continuent parfois à leur donner, ont reçu à une époque récente, et dans des circonstances que l'on connaît, le nom du conquérant des Gaules. A Felletin dans la Creuse, un dolmen s’appelait Cabane de las fadas ; en 1771 le président de Saint-Fargeau, trouvant que les fées n’étaient pas d'assez bonne noblesse, imagina de lui imposer le nom de Cabane de César '. A Locmariaker, dans le Morbihan, le tumulus Mane er H'ronich , montagne de la fée, a été appelé faussement par quelques voyageurs Butte de César. Il en est de même du dolmen Dol ve arc liant, table des Marchand, que l'on a aussi baptisé : Table de César, dénomination très moderne, que M. de Francheville, qui pourtant habitait le voisinage, ne connaissait pas en 1843 2. Le nom de Pierre de César que certains donnentà un dolmen de Soucelles, n’est sans doutequ’uneinterprétation arbitraire du nom de Pierre Césée, sous lequel les paysans connaissent ce mégalithe 3.

Le nom de César, usité dans des proverbes et dans des comparaisons, a pu arriver jusqu’à nous parce qu'il est sonore, facile à retenir, et que pendant la durée de l’empire romain, il était devenu une sorte de qualificatif de fonction. C’est à ce titre qu’il figure dans 1 Evangile, circonstance qui a pu contribuer à sa conservation.

On le trouve dans une chanson du pays messin :

C’ato in si bon soudard Que se betto corne iu César '.

L’expression : Il est brave comme un César, courante au XVIIe siècle8, est usitée en Languedoc où l’on dit : Es brave cou no un César, Es valhant coumo un César , en Provence, Brave coumo César, Es hardi couma un César ; en Gascogne, Couvai rj ■ de César. Fort comme an César, en Languedoc, Es fier coumo un César. Dans le même pays : Es un travail de César, désigne une œuvre difficile, comme en Provence, Cravata coumc un César , un César de travai s'appliquent aux gens courageux à la besogne15.

1. M. de Cessac. Inventaire des Mégalithes de la Creuse , p. 8.

2. Ogée. Dictionnaire de Bretagne , note de M. de Francheville .

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