CHARLEMAGNE ET ROLAND
à des empreintes (cf. t. I, p. 370, 387), ses doigts sont marqués sur le palet qu’il a lancé en jouant avec Roland 1 ; en Saintonge on attribue à un coup de sa lance un trou dans un bloc calcaire voisin d’un dolmen 2 ; non loin de Peyrorhade (Landes^, un lieu montagneux est appelé Pas de Charlemagne2. Aux environs de Gérardmer, une pierre carrée est dite Pierre de Charlemagne, parce qu’on prétend qu’il s’y reposa pour prendre quelques aliments A Pile Barbe on montrait un pavillon dans lequel il s'asseyait pour voir défiler son armée, et la tradition lui attribue le puits remarquable de la même île 3.
Charlemagne ne ligure pas parmi les grands bâtisseurs. Il essaya pourtant de creuser un canal, mais il Fut obligé de l'interrompre parce que les ouvriers voyant que des terres mouvantes remplissaient la nuit ce qui avait été creusé le jour imputèrent cet accident à quelque miracle6. Plusieurs routes sont dites Chemins de Charlemagne, et au XIIe siècle une voie, appelée maintenant Chemin Chasles, est dénommée Rua Caroli rnagni dans une charte de l’abbaye de Savigny, ce qui montre qu’il s'agit de Charlemagne ’. On a vu, p. 112, qu’il concède un terrain. Quelques récits populaires parlent de lui ; les sotais (Lutins) appellent les paysans le voir passer avec son cortège8 ; le fils de Charlemagne est le héros d'un conte de la Haute-Bretagne8.
La place de Roland dans les traditions populaires est plus considérable que celle du grand empereur d'Occident. On dit encore : Fort comme Roland, Brave comme Roland. Au XVIIe siècle faire le Roland, c’était faire le fanfaron10. Au XVe siècle un personnage altéré dit :
Je mourroye de la mort Rolland ",
proverbe que l’on retrouve deux cents ans plus tard avec le sens de mourir de soif12. En Limousin le sabre de Roland suspendu à Roeamadour avait le privilège de rendre les femmes fécondes, d’où le dicton : Leva lou sabre de Rouland l3.
t. Paul Sébillot. Gargantua , p. 304.