Réronie. Uicl. du patois bas-limousin
334 l’histoire de France dans la tradition populaire
On attribue à ce héros de nombreuses empreintes (cf. t. I, p. 369, 370, 371 bis, 376), d’autres sont celles de son coursier (I. 383, 384, 388, 411). Lorsqu il allait de Rennes à Redon, il franchissait le gué de Roland sans se mouiller les pieds, en mettant une jambe sur les rochers de la Boissière et l’autre sur la Roche à Roland1. Des légendes de l’ouest le représentent comme faisant accomplir à son cheval des sauts prodigieux (cf. t. I, p. 388). Gaston Paris accompagne la version de l'Illeet-Vilaine de cette remarque: Le fait d’avoir substitué Roland au héros peut-être anonyme de cette ancienne histoire montre que le nom de ce comte de la Marche de Bretagne n’est pas oublié dans son pays2.
Parmi les personnages discoboles, il tient le premier rang après Gargantua ; dans le Midi tout au moins, il est le rival de ce géant, et il n’a pas été, comme tant d'autres, dépossédé par lui ; il est môme probable qu’il a usurpé dans cette région la place de héros plus anciens. Ils sont au reste parfois en concurrence : un énorme rocher rond des environs de Vence est une pelote que, pour passer le temps, Roland lançait à Gargantua qui la lui renvoyait; une autre fois il joue à la paume avec Olivier et son projectile est resté en équilibre sur un gros rocher appelé Paume de Roland dans le Var ; le Palet de Roland, suites bords du Tech, suppose un trait analogue. Pour intimider ses ennemis, il lance à douze kilomètres une pierre gigantesque sur laquelle ses doigts sont marqués (cf. t. I. p. 376) et plusieurs dolmens doivent leur origine à ses jeux (t. IV, p. 23-24). Il ne recule pas devant le diable (t. I, p. 310) et ce trait est attesté par un bloc. Il produit aussi des sources, en trouant une montagne, ou en enfonçant son épée dans le sol (t. II, p. 183, 181). Sa puissance est telle qu’à lui seul il modifie l'aspect physique du pays : il taille dans le cirque de Gavarnie la brèche qui porte son nom, fend la montagne de Beltchu, (t. I, p. 215) frappe le rocher avec son pied et produit l’ouverture que l’on voit près d’Itsatsou (Basses-Pyrénées), qui est appelée Pas de Roland. Il lui suffit de toucher la terre avec le pied ou le genou pour creuser le petit étang de Vivier Lion, au sud de Lourdes3. Toutefois W. Webster, J. -F. Cerquand, Julien Vinson, qui ont étudié les traditions basques, disent que toutes ces appellations et d’autres encore n’ont pas cent ans d’existence, et qu’en ce qui concerne la brèche d’Itsatsou, elle s’appelle simplement le mauvais pas 4.
Roland est le personnage principal de plusieurs légendes de la région basquaise : L’une d’elles, qui reproduit les grandes lignes de la Chanson
1. Régis de l’Estourbeillon, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. 420.
2. Romania, 1888, p. 114. Cet exploit est aussi attribué en Ille-et-Vilaine à un seigneur local (cf. F.-L. de Fraiice , t. I, p. 388).