GUILLAUME LE BATARD
parfois aussi sous celle d'un ermite1. On faisait voir au château de Falaise la fenêtre d'où le duc Robert vit un matin à la fontaine du Val d Ante, la gentille Arlette. Suivant une légende dont les parallèles ont été appliqués après coup à beaucoup de héros, elle aurait eu un songe prophétique avant la naissance de son fils Guillaume :
Songié ai
K'un arbre de mua cors isseit Ki vers li ciel amunt creisseit ;
Del umbre ki entur alout Tute Normendie aumbrout 2.
Guillaume dit le Bâtard, à cause de sa naissance, et le Conquérant parce qu’il s’empara de l’Angleterre, a été l’objet de légendes. La plupart sont aujourd'hui mortes ; mais il tient encore une place dans le folklore normand. Pour exprimer une chose ancienne, on dit: C’est du temps du roi Guillemot 3 4 5. Si on voit une vieille statue, c’est celle du duc Guillaume, des ruines, ce sont celles du château du Conquérant, si une église est ancienne, nul doute qu’elle n’ait été bâtie par lui. A Rye on montre encore le chemin par où il passa en fuyant de Valognes, et qui s appelle la Voye le Duc, et on montrera même le lieu où il fît ferrer son cheval \ La légende lui attribue de nombreux actes de violence : il traîne par les cheveux sa femme Mathilde (cf. t. IV p. 299), il assiège Grimoult et s’empare de son château qu’il fait démanteler, le poursuit et lui tranche la main à l'endroit où s’élève la Croix à la Main , et quand il 1 a pris, il ordonne au bourreau de l’écorcher vif avec un couteau de bois, au lieu appelé Corps-Nus, le fait ensuite, vivant encore, tirer à quatre chevaux, et met sa peau en guise de housse, sur la selle de son coursier B. Son expédition en Angleterre dont les conséquences ont été si grandes, et qui fut accompagnée de circonstances quasi merveilleuses, ne semble pas avoir pris, chez ses anciens sujets, la forme traditionnelle.
De Guillaume à Philippe-Auguste, c’est-à-dire pendant près d’un siècle, on ne rencontre aucune tradition orale qui s’applique sûrement à un. personnage historique. Les Croisades elles-mêmes n’ont laissé qu’un souvenir effacé, et à vrai dire, il se réduit à des variantes, la plupart du temps écrites et anciennes, d’une histoire merveilleuse où
1. Amélie Bosquet. La Normandie romanesque , p. 25. Cet ouvrage analyse longuement (p. 1-59) les’Chroniques fabuleuses sur Richard et Robert et les romans dont ils sont les héros. Etienne de Bourbon. Anecdotes , p. 145-148 rapporte des légendes sur Richard.