Robert Wace. Le Roman de Rou , t. I, p
3. J. Lecœur. Esquisses du Bocage Normand, t. I, p. 381. Ses sujets l’appelaient familièrement le gros roi Guillemot.
4. F. Pluquet. Contes de Bayeux, p. 39. Robert Wace, Roman de Rou, t. II, p. 23
5. J. Lecœur. 1. c. p. 386, 401-402 ; cf. Robert Wace. Le Roman de Rou et les Chroniques de Normandie.
l'histoire DE FRANCE DANS LA TRADITION POPULAIRE
figurent divers chevaliers, dont quelques-uns sont même postérieurs aux Croisades proprement dites. On a désigné sous le titre du Retour du Croisé une légende dont le thème initial est le transport miraculeux d’un guerrier depuis le pays lointain où il est retenu captif, jusqu’à sa terre natale ; souvent il invoque la Vierge ou un saint, et après avoir promis une fondation pieuse, il se retrouve à l'endroit oîi s’élèvera plus tard une église ou un monastère; plus rarement, il a recours, non à un personnage sacré, mais au diable lui-même. Cette légende se forma vraisemblablement à une époque voisine des guerres contre les infidèles : au XIVe siècle Froissart racontait, comme déjà ancienne et bien connue dans le pays de Béarn, l’aventure du sire de Bénac.
Les récits dans lesquels interviennent des bienheureux ont sans doute été propagés par ceux qui avaient bénéficié de la fondation faite à la suite de la délivrance du captif qui les avait invoqués ; aussi ils ont été conservés par les historiens des monastères bien plus que par la voie orale. La tradition que le père Pierre Dan insérait en 1637 dans un livre destiné à célébrer les services rendus par son ordre, figurait peut-être dans ses archives : Gilbert des Essarts, seigneur de la Pautière près de Verneuil au Perche fait prisonnier par les Sarrasins, avait été racheté par les pères de la Merci, lorsque au moment de s’embarquer, il fut retenu par les infidèles qui l’accusèrent d’avoir fué d’un coup de flèche un de leurs capitaines. Comme il n’était pas possible de les fléchir, par prièreou par argent, les religieux se mirent à la voile, et s’en retournèrent en France. Néanmoins ils se mirent tous en prière avec leurs captifs, implorant la miséricorde divine pour la délivrance de ce pauvre seigneur. Lui de son côté n'en fit pas moins, et accompagna ses ardentes prières d’un vœu solennel de faire bâtir un couvent au nom de la sainte Trinité pour yétablir des religieux de cet ordre. Surquoi s'étant endormi, sa prière eut un si bon succès, que par un miracle évident, il se trouva transporté de la Syrie à la porte de sa maison delà Pautière1. La fondation de l’abbaye de Béthaine est l’objet d’une légende encore populaire en Franche-Comté et qui dérive aussi vraisemblablement d'une source monacale : le chevalier Aimé de Faucogney, prisonnier des Mahomélans, fut averti dans son cachot que sous trois jours il serait tué et mangé par ses ennemis. Il invoqua la sainte Vierge, promettant de lui construire un monastère sur son domaine, au lieu où il serait miraculeusement transporté. Sa prière fut exaucée ; une nuit sa prison s’ouvrit, et tout à coup, il se retrouva an milieu des broussailles dans le val de Béthaine où fut bâtie l’abbaye de ce nom 2. Trois chevaliers de saint-Jean de Jérusalem, esclaves des infidèles, s’étant voués à la Mère de Dieu, furent pardes moyens que l'on ne dit pas, portés depuis la Turquie jusqu’aux